Durant l'été 2004 , vous avez pu voir dans le premier numéro que Pif-Gadget s'était associé avec le "Cirque Pinder" pour une tournée d'été sur les plages, le cirque ayant, par ailleurs, retrouvé une remorque avec les personnages de Pif et Hercule ! Nous nous sommes souvenus alors du premier Cirque de Pif de l'été 1971 et nous avons demandé à son animateur vedette de nous en parler...

Le Cirque Pif présenté par Gilbert Richard

la photo destinée aux dédicaces de Gilbert Richard pendant la tournée du Cirque Pif

Si on vous dit "Gilbert Richard", à qui pensez-vous ?

Ce nom rappellera très certainement beaucoup de souvenirs à celles et à ceux qui lisaient Pif-Gadget en 1971, en effet, Gilbert Richard était l'animateur du premier "Cirque Pif" !

C'était il y a un tout petit peu plus de 33 ans, le 2 juillet 1971, le Cirque Pif entamait sa première représentation à La Teste Buch (Gironde). Et durant 61 jours, le cirque sillonna au total 61 villes des côtes de l'Océan Atlantique à celles de la Mer du Nord, pour terminer sa tournée le 31 août à Grand-Fort-Philippe (Nord). Ce cirque proposait une véritable animation toute la journée dans la ville, couronnée par un spectacle sous chapiteau à 21h animé par Gilbert Richard

L'événement avait été annoncé dès la fin mai 1971 dans l'hebdomadaire (n°119) puis annoncé officiellement par un éditorial de Georges Rieu dans le Pif-Gadget n°120 du 7 juin 1971, "le Cirque Pif est né !".

éditorial du rédacteur en chef Georges Rieu dans Pif-gadget n°120

Ainsi, tout au long des semaines précédant la première représentation, l'hebdomadaire allait révéler petit à petit les surprises qui attendraient les spectateurs de ce cirque. C'est avec le n°123 du 28 juin 1971 que le Cirque Pif prenait la route avec un Gilbert Richard bondissant en couverture...

la couverture du Pif-Gadget n°123

Nous avons pu interviewer l'animateur afin qu'il nous conte l'histoire de ce Cirque... 

Pif-Collection : "Si les lecteurs de Pif-Gadget vous connaissent à travers l'hebdomadaire, peu imaginent votre itinéraire. Votre carrière dans le spectacle vous l'avez toujours souhaitée et cela commence dès 1947, à l'âge de 18 ans vous devenez le plus jeune Mr Loyal avec le cirque Amar. Puis vous vous tournez vers l'organisation de tournées, vous rencontrez le jeune Johnny Hallyday (il avait 10 ans à ce moment là !), engagez le jeune Jean Ferrat (à l'époque, il avait pour nom Jean Laroche, vous racontez par ailleurs une anecdote intéressante sur votre site à propos de l'origine de son patronyme), puis vous organisez des conférences avec Paul Berthollet, grand ami des animaux sauvages. Ce n'est qu'en 1957 que vous revenez au cirque avec à nouveau le cirque Amar. Ensuite, c'est avec comme partenaire la Chicorée Leroux que l'idée vous vient de créer une tournée avec des champions cyclistes dans des salles de fêtes sur des home-trainer (course de vélo fixe avec compteur de vitesse), réunissant des grands sportifs (Louison Bobet (qui a inauguré à Paris le matériel appelé Cyclo-Roll), Jean Robic, Roger Walkowiak...) et des artistes comme votre ami Achille Zavatta...

le cirque Spirou

le cirque Tintin

L'entrée était gratuite pour celles et ceux qui présentaient un paquet vide de Chicorée Leroux. En 1960 votre rencontre avec Jean Nohain vous permet de devenir non seulement son agent mais aussi son associé, et vous voilà animateur et rapidement producteur-animateur à la Télévision Française pour des émissions comme : "Soyez les bienvenus", "le train de la gaieté", "le grand club"... Puis c'est le retour au cirque avec celui de... Spirou ! Plus de 1 000 000 de spectateurs en 10 tournées avec en vedette, Jean Nohain, Achille Zavatta, Dario Moreno, Roger Nicolas, Les 3 Bario, Sim ... En 1970 on voit apparaître Flonflon à la télévision qui deviendra un mensuel pour les jeunes avec Jean Ache au dessin.  

les numéros 1 et 2 de FlonFlon (mars et avril 1970), on reconnaît la silhouette de Gilbert Richard que nous retrouverons un an plus tard sur la couverture de Pif-Gadget (n°123)

A la fin de l'année, vous travaillez pour les émissions des fêtes de fin d'année de la RAI, "le Loto-Tirelire", "La Poule aux Œufs d'Or", "Le Championnat des Jeunes Conducteurs" (pour les émissions internationales francophones de Jacques Antoine), "Jeudi Champion", etc...

Enfin, en 1971, vous avez 43 ans et cette année est celle de la consécration, les propositions affluent. Et c'est cette année là, qu'arrive le cirque Pif !.." 

affiches du premier Cirque Pif animé par Gilbert Richard

Pif-Collection : "Comment vous êtes-vous retrouvé animateur du Cirque Pif ?"

Gilbert Richard : J'animais une soirée pour la Régie Renault au Suffren-Hilton, quand Georges Rieu (ndlr : alors rédacteur en chef de Pif-Gadget) s'est présenté et m'a demandé si j'accepterais de créer et d'animer un Cirque au nom de Pif-Gadget. Il a su me convaincre en me parlant du lancement de la séduisante idée du "Gadget". Nous nous sommes revus le lendemain pour faire la connaissance du jeune PDG de l'époque, Claude Compeyron.

écran de télévision géant proposé par Gilbert Richard (Pif-Gadget n°121)

Pif-Collection : "Connaissiez-vous Pif-Gadget à ce moment là ?" 

Gilbert RichardOui, quoique, aussi étonnant que ce soit, je dois admettre n'avoir jamais été un fana de la bande dessinée...

Pif-Collection : "Les anciens lecteurs se souviennent de nombreuses photos de vous dans l'hebdomadaire... Avez-vous des souvenirs de ces séances de prise de vue ?"

Gilbert Richard : Bien entendu, nous avons passé avec la sympathique équipe de Pif plusieurs heures des plus joyeuses. Je revois encore la volonté incroyable de Richard Medioni pour réussir du bon travail. "Il en voulait" comme on dit. Ce qui était le plus agréable de tout, c'était qu'il n'y avait pas une motivation d'argent dans ce que nous faisions, mais avant tout "de réussite" . Il fallait faire vite et bien ! (ndlr : voir à la fin de ce dossier)

la télé en réseau privé qui filmait la journée pour une projection privée le soir

Pif-Collection : "61 villes en 61 jours, une journée bien remplie visiblement au vue du programme, comment se déroulait la tournée ?" 

Gilbert Richard : J'ai, comme à chaque tournée, pris ma voiture pour aller sur place pour sélectionner chaque plage, chaque emplacement. Le chapiteau devait arriver vers 6 heures du matin, le Car-Podium aussi. Vers 11h, une caravane publicitaire parcourait les rues et les terrains de camping accompagnée d'une équipe de télé privée qui filmait le public. Puis :

le programme du Cirque Pif

Pif-Collection : "Rencontriez-vous des lecteurs de Pif-Gadget au cours de vos tournées ?"

Gilbert Richard : Des milliers, comme une grande famille, des gens simples, gentils, des invitations à l'apéro dans les campings, les caravanes…

le public amassé pour le Cirque Pif, vous reconnaissez-vous ? Si c'est le cas écrivez-nous !

Pif-Collection : "Quel est votre plus beau souvenir de cette tournée ?

Gilbert Richard : Il y en a beaucoup trop pour en choisir un, en particulier. Mais pour quand même, répondre à cette question, je dirai : l'œil brillant et le sourire illuminé de Georges Rieu, un des responsables de Pif de l'époque (auteur de l'idée de me faire confiance pour animer un Cirque Pif sur les Plages)… sont toujours aussi présents dans mon esprit quand, venu sur place il a constaté de "visu" les résultats, découvert l'engouement du public, observé la marée humaine d'enfants accompagnés de leurs parents se pressant autour de nos animations.

Il y a aussi le jour où j'ai entendu au téléphone la voix du Président de Pif, Claude Compeyron, heureux de me dire : "Maintenant je sais qu'en faisant ce choix d'aller ensemble à la rencontre de notre public, nous avions raison !"

Nous partagions la même récompense !

Pif-Collection : "Plus tard on vous verra dans d'autres cirques, celui de Tintin et de Télé 7 Jours. Etait-ce une motivation personnelle ou étiez-vous devenu l'animateur attitré des revues TV et journaux de Bandes Dessinées ? "

Gilbert Richard : Le cirque a toujours été pour moi une motivation, le moyen de côtoyer le "vrai public" populaire et bon enfant. Alors, tout s'est fait (presque) naturellement…

pleine page dans Pif-Gadget n°120

Pif-Collection : "A propos de cirque, dans Pif-Gadget il y eut une deuxième "Richard" très célèbre : Jean Richard. Apparemment il n'y avait aucun rapport de parenté ?" 

Gilbert Richard : Aucune parenté. C'était un homme exceptionnel de simplicité et de gentillesse. Nous avions eu l'occasion de parler de vive voix de cette similitude de nos noms. Je lui avais posé la question, à savoir si, compte tenu de sa notoriété, ça pouvait créer un problème pour lui qu'un cirque circule sous mon nom. Sa réponse a été catégorique : "en aucun cas, je sais que vous aimez trop le public et que "Richard" sera associé à une image de qualité"

Merci Jean qui avait eu, en plus, la générosité de me rappeler que j'avais probablement commencé une carrière de Cirque bien avant lui, au courant que j'avais été Mr Loyal chez Amar à 18 ans. Il était incollable sur la "grande histoire" du cirque !

couverture du Pif Poche n°72 (août 1971)
couverture du Pif Poche n°95 (juillet 1971)

Une anecdote me revient en mémoire au sujet du nom de "Richard". C'était au cours de cette tournée du Cirque Pif, un homme m'a abordé m'assurant qu'il connaissait bien mon fils et qu'il l'avait encore rencontré la semaine précédente. J'ai cru qu'il faisait allusion à Alain, mon fils aîné qui travaille à la télévision et qui passait ses vacances, chez lui, en Corse. Surpris, je lui ai demandé s'ils s'étaient rencontrés en Corse ? Réponse:

-"Non, pourquoi ?… je suis allé au Cirque de votre fils… Jean Richard la semaine dernière à Poitiers !!! Dur, dur… Jean avait quand même quelques années de plus que moi… 7 ans, je crois ?

Pif-Collection : "A lire votre biographie sur votre site internet, la première question qui nous vient est de vous demander : comment avez-vous pu faire tout cela en l'espace d'une vie ?.. Et finalement, si vous aviez à résumer votre carrière comment vous définiriez-vous, quel était selon vous votre profession ?"

Gilbert Richard : Vous savez, c'est très long une vie. On en fait des choses et des choses ! Par exemple, en 45 ans de vie active, même si à la fin j'avoue avoir beaucoup délégué... Tout de suite après mon premier mariage en 1949, tour à tour, j'ai été : 6 mois aviculteur à Villers-aux-Erables, village de la Somme, pendant 3 mois, vendeur de pâtisseries en porte à porte dans les campagnes, habitant un autre village de la Somme, Ailly sur Noye, tenu 3 ou 4 autres mois un Café-Restaurant à Picquigny dans la Somme, agent d'assurances à Amiens, acheteur de lots de marchandises diverses aux douanes à Amiens, directeur d'une Société de Maroquinerie à Paris sur les Grands Boulevards, agent immobilier boulevard Montparnasse à Paris… J'en passe certainement...

Je suis aussi très fier d'avoir signé le plus important contrat de ma vie le jour de mes 60 ans, à l'heure exacte de ma naissance (11h15 du matin). C'était le 14 décembre 1988, avec le Loto National… jour et heure, pas tout à fait par hasard ! (j'ai volontairement demandé au Directeur Général de l'époque, Monsieur Dubourdieu, de patienter quelques minutes pour la signature en ne lui avouant la raison que par la suite). Pour la petite histoire, 5 jours après, j'étais une fois de plus à… Las Vegas. En tout, 15 séjours !!! Je me suis promis d'y fêter mes… 100 ans. Gonflé, non ? En dehors de ma Société de Télévision "R3" créée en 1971, vendue en 1992 (dont Georges Rieu m'a donné l'idée du nom "R3" – "R" comme Richard, "3" mon chiffre porte-bonheur comme j'ai eu 3 enfants, ma carrière se résume à (en gros) :

Enfin, pour répondre à la question, je dirai plus simplement que je me considère, avant tout, n'être qu'un simple "saltimbanque sincère, joueur et chanceux", hélas, bien placé pour connaître le prix à payer d'une vie riche en souvenirs heureux et malheureux; je fais allusion à plusieurs très grandes épreuves familiales dramatiques auxquelles il à bien fallu faire face tout en faisant bonne figure. Finalement, c'est le lot de beaucoup de monde et, vous le savez bien, en regardant autour de soi on découvre chaque jour tellement de gens malheureux qu'il faut vite relativiser nos propres problèmes et ne pas oublier tous les matins, de remercier… appelons ça, son propre "destin" !

Pif et Gilbert Richard dans Pif-Gadget n°120

Nous vous conseillons d'aller visiter le site de Gilbert Richard, véritable biographie et album-photo d'un homme du spectacle : http://www.gilbertrichard.com 

Richard et Richard

Richard Medioni et Gilbert Richard en plein travail !

Nous avons demandé à Richard Medioni de nous raconter sa rencontre et ses souvenirs de ce Cirque Pif...

"A l'époque, les émissions enfantines à la télévision commençaient à prendre
leur essor. L'un des animateurs les plus connus des enfants était Gilbert Richard. Et
c'est en sachant cela que Pif Gadget l'avait contacté.

Avoir un cirque Pif Gadget est une chose, le faire connaître à nos lecteurs
en était une autre... J'étais à l'époque chargé de toute la promotion dans le journal : expliquer d'abord ce qu'était ce cirque, ses programmes, la carte de la tournée, etc.

Mais la grande idée fut de faire animer le Journal des Jeux avec Gilbert Richard en photo.

Il fallait une sacrée coordination entre Roger Dal, Gring et moi-même pour réussir notre pari. Je faisais des croquis préparatoires des pages. Ces croquis partaient chez Roger Dal et chez Gring, et, parallèlement, muni de ces croquis, j'allais avec un photographe dans la maison de Gilbert Richard, à Sceaux. Je n'étais pas encore un professionnel averti et je fus d'abord étonné par le très grand professionnalisme de Gilbert Richard. Alors que j'étais un peu gêné de lui demander certaines attitudes pour les photos, lui était très à l'aise, très pro et très sérieux dans le travail. Il sortait de sa penderie les tenues adéquates, faisait attention à chacune de ses attitudes, à chacun de ses gestes, à chacune de ses mimiques comme s'il s'agissait d'un film à grand budget.

Gilbert Richard avec la complicité de Gring
Gilbert Richard dans l'énigme de Ludo

Seuls les vrais «pro» font ça! Et tant que la photo n'était pas satisfaisante, on recommençait. Ce qui m'avait le plus impressionné, c'était les sauts de Gilbert Richard. Il était connu pour son dynamisme, sa joie de vivre, aussi fallait-il le montrer bondissant : c'est ce que l'on peut constater sur les affiches, sur la couverture de Pif gadget où il est, et dans les Journaux des Jeux. Ensuite, avec ces photos et mes crayonnés, on passait à la photogravure en faisant des montages.

Ce qui est terrible, presque incroyable, c'est que je n'ai jamais vu le cirque Pif Gadget !
La raison en est simple : au moment du démarrage du cirque, j'étais devenu
rédacteur en chef et, bien évidemment, je n'avais pas une minute à moi !"

Richard Medioni

Ce dossier n'aurait pu être réalisé sans la précieuse aide de Gilbert Richard, sa gentillesse et ses documents. Un grand merci !