Les coulisses du Service Gadget (2)

Nous sommes très heureux et fiers de vous annoncer la nouvelle rubrique des "coulisses du Service Gadget", un rendez-vous que vous retrouverez dans les news. Cette rubrique sera animée par un ancien collaborateur de ce célèbre service, Jean-Pierre Gilbert. Aujourd'hui, nous en apprenons un peu plus sur ces fameux Pois Sauteurs...

Comment les pois sauteurs ont failli être de la bouillie de pifitos...

Lorsque je suis entré au service gadgets, mon prédécesseur Robert Strauss, venait de signer la commande pour le conditionnement des Pois. Une société, dans les Deux Sèvres, devait réaliser un million de coques thermoformées transparentes en PVC (blister), y introduire les Pois Sauteurs, et coller ce blister sur la couverture de Pif gadget. De petits tunnels thermoformés situés sur les côtés de la coque permettaient le passage de l'air pour la respiration de l'insecte.

Quelques semaines après le départ de Robert, le fournisseur m'apporte les échantillons de fabrication qui me semblent plutôt légers et peu résistants. (Richard Medioni ayant déjà tout relaté, je ne répéterai pas l'épisode de la sève empoisonnée, ni mon anxiété en attendant la réponse du Centre anti poison de l'Hôpital Fernand Widal qui procédait aux examens de toxicité...).

livre blanc d'essai de conditionnement du
gadget sur la couverture
détail de la coque

Les pois sauteurs arrivent dans leurs boîtes métalliques perforées (toujours la respiration), on les fait installer dans des "parcs à pois sauteurs" où ils sont étalés en couches d'une faible épaisseur et remués plusieurs fois par jour (encore la respiration).
Puis l'entreprise procède aux collage d'échantillons sur la couverture de Pif pour la présentation. Je les reçois en paquets ficelés de 50 exemplaires et procède à un test de résistance. C'est un bien grand mot pour l'épreuve que je faisais subir chaque semaine aux essais de conditionnement, mais très significatif !

Je prends le paquet de journaux en main, je tends le bras à l'horizontale, et je lâche le paquet qui tombe lourdement sur le sol du bureau.
Et là, catastrophe, à l'ouverture du paquet il s'avère que la coque du blister est trop mince, la plupart des pois sauteurs sont écrasés !!! De la bouillie de pois sauteurs, des débris de fruit sec dans un blister aplati !!!
Il est trop tard pour refaire des coques plus solides, la campagne publicitaire est lancée, nous ne sommes plus qu'à quelques jours de la parution. En tous cas Claude Compeyron, André Limansky et Hélène Brayé avaient les nerfs solides, je leur propose de protéger les paquets de journaux en les conditionnant dans des caisses en carton, André demande aux Messageries de la Presse de livrer Pif au départ de Thouars directement à tous les dépôts de presse (ce qui évitera des transports et des manipulations).

Pif et ses pois sauteurs sont passés près de la catastrophe (ce ne seront ni mes premières ni mes dernières sueurs froides avec les gadgets), la distribution est parfaitement réalisée par les Messageries, tous les points de vente sont approvisionnés, et le succès classera cette petite aventure au rang des souvenirs.

C'est en tous cas la première fois dans l'histoire de la presse qu'un journal sera distribué à un million d'exemplaires à partir de Thouars dans les Deux Sèvres !

A bientôt pour de nouvelles anecdotes..."

Jean-Pierre Gilbert