Profession inventeur de gadgets

Tout a commencé par une émission de France 2, l'une des journalistes avait contacté un des collaborateurs de Pif-Collection pour récupérer des gadgets pour le magazine "Fallait y penser" présenté alors par Patrick SEBASTIEN. Quelqu'un de la future équipe de Pif-COllection se rendit à l'enregistrement de l'émission pour y fournir des gadgets et y rencontra une des personnes clef de la réussite de Pif-Gadget, Michel DEDDE, créateur de gadgets durant cinq années au "service gadget" des Editions Vaillant. Il a travaillé sur les plus beaux gadgets que compte cette collection, en passant par "le sous-marin à levure", "le microscope", l'appareil-photo" ou encore "la véritable horloge"...Nous lui avions proposé de venir le rencontrer chez lui, voilà cette interview.

Michel DEDDE est un inventeur né, un homme qui crée dès son réveil et passe son temps à imaginer un objet indéfinissable, tantôt un gadget, tantôt une idée révolutionnaire, tantôt une idée de jouet. L'une d'elles lui valut l'Oscar du Jouet en 1958, avec le Minia-Bloc une caravane électrique qui poussait les voitures Dinky Toys. Il a travaillé pour les plus grands : Gégé, PetitCollin... Mais la période qui nous intéresse plus particulièrement est celle, où durant cinq années, il travailla au "service gadget" en tant que concepteur ou "adaptateur" de gadget existant pour les éditions Vaillant de 1971 à 1973. De son propre aveu, il est difficile pour lui de se souvenir de tous ces gadgets, il en a tant créés ! Certains ont été aboutis et acceptés par la direction, d'autres ne sont restés qu'au stade de projet. Ce premier contact nous permet de mieux situer Michel DEDDE, il nous a promis de chercher dans ses archives personnelles ses propres notes sur les gadgets édités. Cela fera l'objet d'une deuxième interview.

Michel DEDDE nous présente son gadget préféré

Pif-Collection : Comment êtes-vous rentré à « Pif-Gadget » ?

C’est Alain POIRIER qui m’a fait rentré là, grâce à un fabricant de magnets. Il m’avait affecté un local tout vitré avec un atelier de fabrication avec un tour, de l'outillage pour la réalisation des prototypes. J’étais tout seul là-dedans et j’allais chaque jour au travail pour créer et inventer des des gadgets. On me demandait de faire un gadget par semaine, soit je créais, soit je devais adapter un concept de gadget qui avait été acheté par celui qui faisait le tour du monde pour trouver des idées de gadget. Je ne présentais pas le gadget à la direction une fois terminé, c’est Alain POIRIER qui le faisait. J’en avais plusieurs en route à la fois, les sorties étaient programmées longtemps à l’avance.

Pif-Collection : Avez-vous eu des retards de livraison de gadgets ?

Peut-être, mais ce n’était plus mon problême, moi j’étais à la création, le reste ne me concernait plus. Je réalisais le prototype et d’après celui-ci, le moule était fabriqué.

Pif-Collection : Comment trouviez-vous des idées de gadgets ?

Comme pour toutes mes inventions, je me levais le matin et je trouvais une idée, il ne me restait plus qu’à la réaliser dans la journée.

Pif-Collection : Parmi les gadgets que vous avez réalisés, le sous-marin est devenu un grand classique

Oui et cela marchait très bien pendant un quart d’heure à 20 minutes. J’ai utilisé de la levure mais j’aurais pu prendre n’importe quel comprimé effervescent. Sur ce principe, j’ai aussi réalisé un hypocampe, des soucoupes… (ndlr : jamais utilisés come gadget) Mais j’avais eu cette idée de gadget avant mon entrée aux Editions Vaillant, alors ils ont été contraints de me la payer.

Pif-Collection : En ce qui concerne l’appareil-photo ?

Je suis parti d’une recharge de pellicule que l’on trouvait dans le commerce et j’ai construit le boitier autour avec une mannette à deux positions qui faisait office d’obturateur pour prendre les photos. La partie la plus délicate à réaliser était l’optique, nous avons fait faire les lentilles de l’objectif en plastique par une société spécialisée dans le 15ème à Paris. Ils ont réalisé un superbe travail, cela donnait un très beau rendu. L’appareil-photo a très bien marché, il a été vendu en Armérique du Sud et l’outillage a été amorti plusieurs fois.

Pif-Collection : Quel a été le gadget le plus difficile à réaliser ?

Sur la fin ils m’ont demandé de réaliser "la véritable horloge", c’était très complexe car le gadget devait rester léger et abordable au niveau du prix et au niveau du montage. Les roues dentées me sautaient à la figure, je crois que c’est celui qui m’a donné le plus de mal.

trois gadgets conçus et réalisés par Michel DEDDE

Pif-Collection : Ainsi vous quittez les Editions Vaillant en 1976 ?

Je leur coûtais trop cher, alors ils m’ont licencié en 1976. Ils ont commencé à acheter des gadgets tout montés en Chine et ailleurs. Malgré les frais de transport ils arrivaient à être moins chers encore. Mais tous ces gadgets pouvaient se trouver autrement que dans Pif-Gadget, alors pourquoi les enfants l’achèteraient ? Je leur ai dit : « Vous tuez la poule aux yeux d’or ». Avant ils amenaient quelque chose de nouveau puis avec la crise dans le journal, la baisse des ventes, la création a laissé place à la rentabilité.

Pif-Collection : L’ambiance était-elle bonne durant ces cinq années ?

Je me souviens d’avoir passé de bons moments, c’était parfois surréaliste comme le jour où l’on a reçu Les Pois Sauteurs qui étaient livrés dans des bidons en fer et cela faisait un bruit infernal quand ils sautaient…

Il fallait voir les gueuletons que l’on faisait aux Editions Vaillant ! C’était plutôt riche comme locaux, une très belle moquette épaisse, des bureaux spacieux et une très bonne cantine.

Pif-Collection : Pour une société d'édition qui dépendait du Parti Communiste, c’était étonnant non ?

Le plus surprenant, c’est que l’on ne m’est jamais parlé de politique durant ces cinq années. En fait, c’est un petit cousin qui un jour m’a dit « tu sais que c’est l’Humanité qui est derrière ? ». Première nouvelle, je l’ignorais complètement. Je ne peux pas dire qu’ils m’ont suriné avec de la propagande. Ils m’ont seulement demandé d’acheter la carte du parti pour être invité à la Fête de l’Huma et j’ai refusé. (ndlr : Michel DEDDE se trompe, un ancien collaborateur nous a confirmé cette erreur)

Une tête de Pif inédite réalisée par Michel DEDDE

Pif-Collection : Avez-vous eu d’autres contacts avec « Pif-Gadet » par la suite ?

Un jour le remplaçant d’Alain POIRIER est venu me voir quelques années après mon licenciement, il voulait savoir si j’avais des idées de gadgets. bien sûr j’avais des idées mais il ne voulait que des gadgets à bas prix, et de fait ils achetaient beaucoup de gadgets en Italie. (ndlr : auprès de fabricant comme NIAGARA par exemple). De plus le journal avait vu son tirage baisser à 50.000 exemplaires par semaine, nous étions loin des 500.000 du début des années ’70, un outillage, un nouveau moule coûtait trop cher, donc la création n’était plus rentable, ils réutilisaient des moules existants dans la plupart des cas.

Pif-Collection : Vous leur avez fait des propositions de gadgets ?

Je leur ai proposé un jeu de dominos en plastiue et en carton prédécoupé. Son avantage, c’est que les pièces étaient identiques, elles s’emboîtaient les unes dans les autres et le tout pouvait être glissé dans une petite boîte en carton à monter soi-même. Ils n’en ont pas voulu. (ndlr : un gadget de Pif-Jeux utilisa un jeu de dominos en plastique à dégrapper mais il s’agissait d’une adaptation de gadget existant)

Le jeu de dominos proposé par Michel DEDDE