Voici le premier dossier sur les gadgets de Pif, cette rubrique promet de nombreux dossiers tant il existe de gadgets à étudier. De plus, nous avons notre possession une masse de documentation sous forme de dossiers à exploiter, issue des propres archives des éditions Vaillant, ceux-là même qui ont servi à la fabrication des gadgets. Pour inaugurer ce rendez-vous rendez-vous hebomadaire, nous vous proposons le premier gadget de Pif, "les lunettes sidérales".

Un dossier présenté par Philippe Baumet et Jean-Philippe Cunniet.

Gadget n°1 - "Les lunettes sidérales"

Le premier numéro de Pif-Gadget est sorti le lundi 24 février 1969). Ce premier gadget n'est pas annoncé en couverture (comme la plupart des gadgets de cette période) car il devait constituer une véritable "surprise", Pif-Gadget et son "gadget surprise" fut la formule qui permit de tenir en haleine les lecteurs chaque semaine. En feuilletant ce numéro, Il nous faut atteindre la page 62 pour savoir quel en était le gadget. Pire encore, l'annonce du gadget de la semaine suivante est positionnée en page 54, avant même de découvrir le gadget du n°1, on vous incitait déjà à ne pas manquer le numéro 2.

Ce gadget était encarté entre les pages 62 et 63 ce qui obligeait de devoir l'arracher au journal.

Voilà la description et définition du gadget n°1 établie par les éditions Vaillant :

"Lunettes de soleil dans un matériau qui a la propriété d'être opaque de l'extérieur et transparent de l'intérieur."

Nous avons retrouvé cette paire de lunettes dans les archives et Il est fort possible qu'elle ait inspiré le modèle du gadget. Nous ne savons malheureusement pas d'où provient cette monture.

La fabrication du gadget

Le matériau utilisé était généralement employé pour les emballages.

La découpe du gadget fut confiée à l'Imprimerie Darboy qui aura l'occasion de réaliser d'autres gadgets célèbres pour les éditions Vaillant, nous en reparlerons dans d'autres dossiers.

Il est à noter que les premiers devis furent demandés en novembre 1971 et le bon de commande fut édité le 22 janvier 1969, un mois avant la sortie officielle du journal.

Voici le premier bon de commande du gadget du n°1 destiné à l'Imprimerie Darboy, commande à livrer pour le 10 février à l'Imprimerie Montsouris qui avait la lourde tâche d'imprimer le journal et d'encarter ce fameux gadget.

Analyses

Le numéro 1 de Pif-Gadget démarrait très fort en offrant à ses premiers lecteurs une paire de lunettes de soleil !... Tout « homme de marketing » qui se respecte vous dira que le lancement d’un produit (d’un magazine par exemple) doit « faire du bruit ». C’était réussi.

Mais aujourd'hui, il est fort probable que ce type de prime soit interdite pour des raisons de sécurité sanitaire : avec les nouvelles normes européennes, les lunettes de soleil commercialisées en Europe doivent remplir des critères très strictes de sécurité, avec un taux de protection solaire minimum (UV 400) à respecter.

A l'époque, l'Union Européenne n'existait pas sous sa forme actuelle, et encore moins la norme européenne de sécurité des lunettes de protection solaire qui existe aujourd'hui, et qui aurait empeché la rédaction de nommer ce premier gadget "Lunettes de soleil". Du reste, elles ne sont pas présentées pas comme telles, mais bien comme... "Lunettes Sidérales".

Il est assez amusant de remarquer la façon dont l'équipe Gadget présentait ces "lunettes", qui - visiblement - ne devaient pas beaucoup protéger du soleil. On note que la seule notion du coté "lunettes de soleil" du gadget est la suivante : "Une premier rayon de soleil ? Hop.. les lunettes sidérales". Cela peut vouloir dire "...surtout, si le rayon persiste, mettez vous à l'abri".
C'est certain, ces lunettes n'étaient que pour le PREMIER rayon de soleil, pas pour les suivants.


La nouvelle loi européenne obligerait aujourd'hui le fabricant à apposer un autocollant "UV 400" sur les verres protecteurs. La prochaine fois que vous passez devant un opticien, allez y... jeter un coup d'oeil ?

Il faut noter qu'au vu des bons de commande, il est assez admirable de remarquer comment s'est déroulée la fabrication du gadget. A notre époque, quand une société souhaite utiliser un gadget publicitaire à son image, les services "marketing" achetent toujours un produit fini à une seule société, et ne se préoccupent pas des différentes étapes de fabrication. Ici, on remarque que l'équipe gadget a très bien fait les choses (et a économisé au passage les commissions d'un eventuel intermédiaire commercial) en ordonnant eux-mêmes chaque étape de fabrication à chaque société spécialisée :

1. les feuilles de la matière première ont été achetées à un fournisseur
2. livrées chez la société de découpe industrielle (pour les mettre à la forme)
3. livrées à l'imprimeur pour l'encartage dans le magazine

En règle générale, ce type de lunettes étaient généralement fabriquées par une société Taïwanaise. Vers 1980, il y avait environ 3 fabricants qui s’étaient spécialisés dans cette prime à Taïwan, et qui offraient plusieurs modèles, allant du simple gadget à la lunette plus « pro » pour les coureurs cyclistes qui voulaient ne pas « prendre le vent » et être parfaitement aérodynamique (et avoir l’air d’extra-terrestres en même temps).

Il fallait demander à un fabricant « d’outils de découpe » de vous bricoler une planches en bois dans laquelle une lame de métal (coupante) était insérée et suivant la forme « à plat » de la paire de lunettes.

Une presse de LEMAN INDUSTRIE en action

Il ne suffisait plus, ensuite, qu’à demander à un « presseur » de venir rapprocher avec une presse mécanique cet « outil de découpe » et une série de planches de plastique, pour obtenir de belles pièces bien régulières qui allaient se transformer en « lunettes gadgets ».

Amusant... Vous remarquerez que les lunettes ne soient pas "réglables" en fonction du tour de tête des enfants. Il n'y a en effet qu'une seule fente pour fermer les lunettes. Si vous vous rappelez votre dernière galette des rois, il y a toujours plusieurs fentes de réglage. C'est surement un défaut de "jeunesse" de l'équipe gadget.

Les rééditions dans d'autres magazines

Après la parution dans le premier numéro de Pif-Gadget, ces « lunettes gadget » sont réapparues dans les magazines suivants par YPS Mit Gimmick (Allemagne) puis Micky Maus Magazin (Allemagne), Picsou Magazine (France) et enfin, plus récemment, dans Tchô ! des éditions Glénat (France). Nous reparlerons bien sûr de l'autre gadget similaire "des lunettes pour vos vacances" parues dans le n°74 de Pif-Gadget dans un prochain dossier.

1. YPS Mit Gimmick (Allemagne)

YPS Mit Gimmick rachetait souvent des gadgets aux éditions Vaillant à l’époque. Il n’est donc pas surprenant que – dès le numéro 13 – voir réapparaitre en Allemagne des lunettes «enroulées», identiques au gadget n°74.

Yps n°13
Yps n°355

Dans les années qui suivirent, à deux reprises ce gadget sera réutilisé par YPS Mit Gimmick n°355 et n°753.

Yps n°753 (couverture)
Yps n°753 (4ème de couverture)

2. Picsou Magasine (France)

De même (concurrence oblige), l’un des premiers Picsou Magazine en France proposera ces lunettes. Le gadget se présentait sous forme d’une planche de plastique « à plat ». Le mode d’emploi proposait de mettre de l’eau bouillante sur cette planche pour qu’elle s’enroulent toutes seules (à la chaleur) avant leur première utilisation.

3. Micky Maus Magazin (Allemagne)

En 1985, c’est Disney qui s’y colle… avec la BD hebdomadaire allemande Micky Maus Magazin.

? numéro 24 du 8 Juin 1985.
? numéro 26 du 5 Juillet 1986.
? numéro 27 du 13 Juillet 1989.

4. Tchô !

Puis, en l’an 2000 (environ), le magazine de bandes dessinées Tchô ! des éditions Glénat, dans son numéro 37, relance cette idée auprès du jeune public.

Un grand merci au webmaster du site des éditions GLENAT

5. Le Pif espagnol

En 1978 la version espagnole de Pif-Gadget édite pour son numéro 24 "las gafas siderales", une version "prête à l'emploi" des lunettes sidérales. Amusez-vous à comparer les gadgetus.

Nous aurions aimé voir Kinder Surprise reprendre également l’idée (après tout, un bout de plastique enroulé devrait pouvoir tenir dans un œuf plastique Kinder), il est fort probable qu’ils y aient pensé… mais n’ont pas osé prendre le risque « sécurité ». Décidemment, Ferrero est bien – à l’heure actuelle – le plus « pro » des importateurs de gadgets.
(si depuis ils ont utilisé l’idée, merci de nous le faire savoir par email.)

Les « lunettes amusantes » sont, depuis toujours une idée de prime intéressante. Un simple bout de carton peut faire un masque de carnaval très amusant, suivant la créativité du dessinateur.

Parmi ces idées de « primes lunettes », il existe d’autres versions amusantes, en voici quelques exemples :

© Jean-Philippe Cunniet - Philippe Baumet - Toute Reproduction Interdite sans l'autorisation des auteurs, Janvier 2003

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