Gadget n°347 - Plante ton sapin !

Un dossier écrit par Jean-Philippe Cunniet et Philippe Baumet, avec la collaboration de Lionel Ehrhart, Frédéric Bridel et Philippe Boulanger.

Les photos de sapins ont été envoyées par Thierry Famin, André Faucon, Pierre Jouan, Patrick Settier et Yves Eneau.

Ce n'est pas le premier gadget végétal distribué dans Pif-Gadget, mais il possède la particularité d'être vivant !

Après les Pifises et les Pois sauteurs, cet autre gadget animé de vie, représente une pousse de sapin destinée à être plantée une fois chez le lecteur. Ainsi, dans le Pif-Gadget n°347 du 18 octobre 1975, l'hebdomadaire titre "plante ton sapin !" et propose en gadget, un plant de sapin "Picea Abies".

la couverture du Pif-Gadget n°347

Dans l'histoire de l'hebdomadaire, la rentrée des classes a régulièrement permis le lancement d'une nouvelle formule, celle-ci est intervenue en 1975 avec le n°345 et avec un nouveau slogan : "Pif, le journal de la vie". La rentrée des classes représentait une saison clef au niveau commercial : le moment de retrouver le lectorat des écoliers revenus de vacances, le moment de relancer le journal auprès de ses lecteurs. Il fallait un Pif-Gadget "nouveau", avec une nouvelle formule, un nouveau format et un nouveau gadget fort !

Ainsi, le numéro 347 de Pif-Gadget propose en couverture l'accroche suivante : "Attention dans 2 ans ce sapin sera plus grand que toi". Dans son rétractable, le lecteur découvre un sachet plastique contenant un plant de sapin !

plant typique de sapin distribué dans Pif-Gadget

Un gadget végétal dans un journal, c'était une première pour un hebdomadaire, il ne s'agissait pas simplement de graines (exemple : Pif-Gadget n°109, "le jardin fantastique"), il s'agissait d'une véritable pousse de sapin. Son nom scientifique est : le Picea Abies.

le gadgetus dessiné par Luguy du Pif-Gadget n°347 qui explique comment planter le sapin

Dans le gadgetus, dessiné par Luguy (dessinateur de Sylvio), il y était expliqué comment planter le gadget, c'est-à-dire le plant du sapin. Pour l'anecdote, voici ci-dessous des positifs originaux des photos réalisées pour le gadgetus, deux d'entre elles n'ont pas été retenues parmi la sélection des cinq finalistes. Amusez-vous à les retrouver...

deux de ces trois positifs ont servi aux photos du gadgetus du Pif-Gadget n°347, lesquelles ?

Avez-vous déjà imaginé, que proposer un gadget de ce type là, pouvait présenter des risquesons ? Il fallait tout de même réaliser l'exploit de se procurer plus d'un demi-million de plants de sapin à empaqueter dans un sachet aux couleurs de Pif, le tout mis sous rétractable et parvenir dans les kisoques suffsamment à temps pour que le lecteur puisse planter son sapin.

le fournisseur des plants de sapin

Ce sont en effet 615 000 plants qui ont été commandés auprès de la société "Sergaflor", basée en Hollande. Chaque plant a été ensuite conditionné en France dans un sachet plastique estampillé d'un logo où l'on voit Pif, le pouce levé. La commande semble excessive par rapport à la vente finale, mais lorsqu'il s'agit de gadgets vivants ou périssables, il est prudent de prendre en compte les pertes.

le logo qui illustrait le sachet qui conditionnait le plant du sapin
le sapin de 1975 planté par Patrick Settier

Au final, l'opération semble être un succès, des lecteurs heureux et une vente de quelque 360 000 exemplaires, troisième meilleure vente de l'année après les Pois Sauteurs évidemment (vente : 390 000).

le souvenir de gadget, toujours présent, de Yves Eneau
le sapin de 1982 d'Olivier de Valenciennes

Les lecteurs en parlent encore des années plus tard, ils nous envoient leur photo de gadget devenu grand. C'est le cas notamment d'Yves Eneau, Olivier, André Faucon, Pierre Jouan, Patrick Settier et Thierry Famin qui nous ont fait parvenir les photos de leur gadget devenu grand.

le sapin d'André Faucon
le sapin de Thierry Famin

Nous retrouvons ce gadget quelques années plus tard dans le numéro 714 de Pif-Gadget qui est paru pour le début décembre 1982 (une occasion qui prend toute sa signification), avec "un vrai sapin" à planter.

le sapin de Pierre Jouan de 1982, le journal est placé au pied du sapin pour donner une idée de la taille de l'arbre
le sapin de Pierre Jouan de 1987, le journal est placé au pied du sapin pour donner une idée de la taille de l'arbre
le sapin de Ian de 1982

"un vrai sapin" du Pif-Gadget n°714

Cinq ans plus tard, dans le n°974 (de décembre 1987), un nouveau sapin est proposé, l'année suivante, c'est dans le n°1027 de Pif-Gadget du 29 novembre 1988, que le l'hebdomadaire proposait à nouveau "un arbre dans ton journal". A la différence qu'il ne s'agissait pas d'un sapin, mais de trois arbres différents à planter, à choisir entre un aulne, un charme ou un bouleau (un seul par journal). Ils étaient eux aussi enveloppés dans un sachet avec sa tige à humidifier et ses racines à planter dans un pot. Ces deux numéros sont très semblables au niveau de leur couverture, comme nous pouvons le constater ci-dessous.

Pif-Gadget n°974 de 1987
Pif-Gadget n°1027 de 1988

Signalons, dans le domaine des gadgets végétaux, qu'en 1978, un bout de canne était distribué dans le n°468, le gadget représentait un arbre à planter, le "Dracaena Sanderiana : l'arbre merveilleux venu de Bornéo". Citons encore le numéro 1181, "plante un arbre pour la vie", du début de l'année 1992 qui distribuait, une fois de plus, un plant de sapin pour les fêtes de Noël.

Pif-Gadget n°468
Pif-Gadget n°1181

Ce gadget fera même partie des trois utilisés pour les numéros de la collection éphémère de Pif Découverte. C'est le numéro 2 de novembre 1993 qui voit réapparaître pour la dernière fois "un vrai sapin à planter".

Nous aurions pu aussi parler de "l'arbre à oeufs" du n°1206 de Pif-Gadget, mais nous en reparlerons isolément dans un autre dossier.

Le concept de ce gadget sera adapté à l'hebdomadaire allemand Yps (prononcez [ups]), qui, dans non numéro 57 de 1978 propose un plant de sapin, visible sur la photo.

un exemplaire neuf de Yps n°57 avec son sapin

Ceux qui s'intéressent à l'histoire des gadgets se posent certainement la question sur la réalisation d'une telle opération autour d'un gadget vivant. Jean-Philippe Cunniet est parti faire son enquête, sur les traces du service gadget...

Ce qui semblait à priori impossible ("un véritable sapin dans votre magazine !") est devenu réalité grace à l'expertise horticole de l'équipe du service gadget, qui a permis la fourniture de quelques 615,000 jeunes pousses de 10 à 15 cm de longueur, de qualité suffisante pour que chacune puisse arriver à maturité chez les jeunes lecteurs, mais dont le prix à l'achat restait le plus bas possible pour rendre posssible cette opération économiquement.

Nous allons étudier ci-dessous toutes les possibilités qu'ils ont du passer en revue pour nous. Pour cela, il faut d'abord bien définir le mot "sapin" : En effet, si on utilise le mot sapin pour désigner "un arbre à aiguilles persistantes en forme de pyramide", un botaniste vous demandera de quelle espece vous parlez précisement: Abies, Epicea, Pseudotsuga, Araucaria, Cunninghamia, ou bien d'autres encore. En botanique le mot "sapin" se rapporte au genre Abies, il s'agit là du vrai Sapin ! …

Les trois principales espèces de sapins "Albies" sont :

1. Abies Alba : Le plus connu ! le plus planté dans nos forêts.
2. Abies Concolor : Sapin du Colorado : au feuillage bleu.
3. Abies Pinsapo : Sapin d'Espagne : avec les branches en écouvillon (Branche de type "rince bouteille")

Sous nos latitudes, l'Abies alba est le plus adapté aux contraintes pédoclimatiques.
Toutes ces différences sont importantes puisque elles font varier le prix du plant, et sont determinantes pour trouver le bon fournisseur de 'sapins'.

Si vous vous orientez vers un épicea (botaniquement un faux sapin !) vous obtiendrez des prix plus intéressants. Par ailleurs, la pousse d'un épicéa est beaucoup plus rapide (presque le double : Il faut plus de 10 ans pour obtenir un sapin (Abies) de 1,5m et environ 5 à 6 ans pour un épicea ! Mais il faut bien l'avouer, l'épicea est un peu moins beau.

Pif-Gadget vous a donc offert un .. faux "sapin" du nom scientifique de "Picea abies".

Pour différencier les épicéas (Picea) des "Vrais" sapins (Abies), le critère le plus fiable demeure les aiguilles des épicéas, elles piquent, à la différence de celles des sapins.

Ce type de "sapin" était idéal pour les jeunes lecteurs car il est très résistant, tout en n'étant pas exigeant au niveau des conditions de culture, il demande juste un sol frais. Certains sapins de Noël vendus avec leurs racines passent les fêtes de fin d'année au chaud, avec un arrosage approximatif, des températures qui seraient fatales à bon nombre d'espèces (les conifères ont absolument besoin d'être au froid en hiver). Même s'ils replantés "n'importe comment", ils reprennent au printemps.

Si quelqu'un voulait aujourd'hui se procurer 615.000 plants de sapins à bon prix, il lui faudrait choisir sans hésiter le Picea abies, dont voici les qualités :

- bon marché
- très résistant, pour le transport avec le magazine
- de culture facile, avec une bonne reprise
- produit en grand nombre
- s'adapte à tous les sols et tous les climats (en France)

Beaucoup de pépinières se fournissent en Belgique et en Hollande, deux pays capables de fournir de grandes quantités d'arbres à bon marché. Ces pépinières sont capables de produire ce genre de plants, soit en contrat de cultures, soit en destockage (invendus).

Compte tenu qu'il fallait prévoir la fabrication suffisamment longtemps à l'avance, Pif ne pouvait miser sur l'achat d'invendus dont l'approvisionnement est trop imprévisible ; il aurait fallu les acheter au dernier moment ! Si ce projet devait se réitérer, le plus judicieux serait de faire un contrat de culture avec un pépiniériste. Il est rare que les pépiniéristes vendent des plants forestiers de moins de 60 cm parce qu'ils ne correspondent pas à la demande du marché visé.

Ces contrats ne sont pas courant, mais permettent de fixer avec le pépiniériste le prix et la qualité du plant, sa taille, l'emballage, et l'aspect morphologique du jeune plant (hauteur, nombre de racines, forme du pivot...).

A titre indicatif, le prix d'un épicea en grandes quantités (615,000 pièces environ) peut être aussi bas que 0,10 et 0,20 euros (pour un plant de 2 ans d'environ 20 cm en racines nues, et de 0,40+ euros pour un Abies.

En France, pour trouver des jeunes plants de "sapin" à très bas prix, il faut s'orienter vers des pépinières forestières (Elles produisent des grandes quantités de sapin pour le reboisement). Il n'y a pas beaucoup de pépinières forestières en France, le principal client de ces pépinières est l'ONF (Office National des Forets) !

Si vous souhaitez que je vous mette en contact avec un fournisseur, n'hésitez pas à m'écrire !

S'il est tentant de chercher à s'approvisionner en Europe de l'Est (Pologne, Roumanie..), les pépinières de ces pays sont souvent de dimension plus réduites qu'en Europe et souvent pas très organisées, cela représentait donc un risque élevé de ne pas être livré avec la qualité souhaitée.

Dans tous les cas, pour un contrat de culture, l'inconvénient demeure dans le délai : il faut le prévoir 2 ans à l'avance, quelle planification !

Les normes d'importation des douanes Européennes et Francaises (liées aux risques phytosanitaires) sont un obstacle supplémentaire si l'équipe du service gadget avait souhaité se fournir en Europe de l' Est. Ces normes varient grandement selon les pays et sont souvent draconiennes. Il arrive dans certain pays que la marchandise ne passe pas la douane parce qu'il y avait encore un peu de terre sur les racines ! Il faut alors tout brûler ! idem avec les parasites et maladies. On ne badine pas avec la santé de nos forêts Françaises (et Européennes) !

Il y a peut être possibilité de trouver moins cher dans des pays de l'Est mais on se heurte à des problèmes de douane. Ceux-ci peuvent entraîner des surcoûts : le conditionnement pour l'expédition est plus onéreux, besoin de plus de main d'oeuvre pour vérifier et préparer la marchandise. Encore une fois, cela pousse à s'adresser à nos voisins Hollandais très professionnels et organisés.

Un pépiniériste qui travaille avec l'exportation est logiquement habitué à ce type de problême, produire et exporter sa production.

Dans des bonnes conditions, le sapin se développe relativement bien, témoin les photos de "sapin de Pif" qui nous parviennent des lecteurs qui ont planté leur sapin, devenu grand.

Pas facile de travailler avec du vivant !

  Jean-Philippe Cunniet ("Jipé") est tombé dans les gadgets en découvrant Pif Gadget ses "gadgets intelligents". En 1991, Jipé profite de la mode et crée sa première société (Traits Personnels) spécialisée dans l'importation de pin's publicitaires, dont il vendra plus de 3 millions d'exemplaires en 2 ans. En 1994, Jipé rentre chez Archibald Promotion, spécialisée dans la "prime", où réussit à convaincre des annonceurs tels que Kellogg's, Danone, Belin-LU, Bahlsen de lui confier la conception, fabrication et l'importation de gadgets sur mesure. Depuis plus de 10 ans, Jipé travaille à Londres dans une société financière, mais son hobby demeure le "gadget intelligent à très bas prix". Les articles sont la propriété de l'auteur. Vous pouvez contacter Jean-Philippe à l'adresse suivante: : promopub@free.fr

A L'AIDE !!
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