L'invité : Gérard Rinaldi

C'est au milieu des années 60' que les éditions Vaillant comprennent rapidement que le parainage d'une publication par une vedette du petit écran ou du cinéma est une bonne opération publicitaire. Ainsi, les premiers "invités" interviennent dans les Poche avec notamment Maurice BIRAUD, Annie FRATELLINI, Jean RICHARD ou Roger PIERRE et Jean-Marc THIBAUD. Concernant Pif-Gadget, il faudra attendre la fin 1974 pour voir apparaître les premiers invités. Plusieurs vedettes se sont succédées pour présenter la couverture, le gadget, le gadgetus et parfois les jeux d'un numéro de Pif-Gadget.

Parmi les invités les plus fréquemment récurrents, Les Charlots tiennent une place privilégiée. Il est probable qu’ils soient les personnes qui aient figuré le plus de fois sur la couverture de Pif-Gadget avec Carlos… A vous de compter.
En effet en 1976, les numéros de l'été leur sont ouverts, ils présentent le gadget dans la plus pure tradition de leur humour, ces "chiens fous" (dixit Gérard RINALDI) s'en donnent à coeur joie en "envahissant" les numéros 383 à 391. Ils seront même repris en bande dessinée dans un "gadgetus" moitié roman-photos, moitié BD dessinés conjointement par MARCELLO et DUFFRANE.

Voici les couvertures des numéros dans lesquels sont apparus Les Charlots dans Pif-Gadget à partir de 1976.

n°383
n°384
n°385
n°386
n°387
n°388
n°389
n°390
n°391
n°463

Nous avons rencontré Gérard RINALDI actuellement en tournage à Lille dans une nouvelle série ("L'Insoumise") dans laquelle il campe un journaliste d'un quotidien régional. Il s'est prêté très volontiers à cette interview et s'est remémoré de nombreux bons souvenirs de cette période :

Gérard RINALDI, vous avez animé le journal de Pif-Gadget en 1976 avec les trois autres Charlots pendant 9 semaines et 2 ans plus tard vous revenez à trois seulement. Que s’est-il passé ?

En 1976, nous étions quatre Jean-Guy FECHNER, Jean SARRUS, Gérard FILIPELLI et moi-même, au moment des premières apparitions des Charlots dans Pif-Gadget, puis deux ans après (ndlr : sur le Pif-Gadget n°463) nous n’étions plus que trois. Les Charlots venaient de quitter leur producteur principal et privilégié Christian FECHNER avec qui on a fait pratiquement tous les autres films avant, et le dernier de la série « Bons baisers de Hong-Kong ». C’est le moment aussi où nous nous sommes séparés avec Jean-Guy FECHNER, nous étions encore quatre sur ce film et suite à un désaccord avec notre producteur, son frère est resté du côté de la famille. Donc on s’est retrouvé à trois, on a mis du temps pour se réorganiser et en 1978, Jacques DORFMAN nous a fait signe et on a tourné un film qui s’appelait « Et vive la liberté », je précise avec un « Et » car il existait déjà un film qui s’appelait « Vive la liberté » de 1946, un grand classique. C’était une idée au départ écrite par Gérard OURY, un synopsis repris ensuite par LANZMAN et un autre scénariste qui nous ont pondu une histoire qui se passe dans un camping, dont je ne garde qu’un gros souvenir, c’est d’avoir fait de l’hélicoptère pour la première fois de ma vie je montais dans un hélico pour le tournage, mais le reste ne pas franchement marqué. On avait mis des gags partout mais je ne pense pas que cela marquera pas spécialement le cinéma français.

Comment en 1976, avez-vous contacté par le journal de Pif-Gadget ?

C’était très simple, à l’époque avec quelqu’un comme FECHNER on avait d’énormes contacts avec la presse. Il est évident qu’il a sauté sur l’occasion en voyant les possibilités qu’offrait une campage de pub aussi importante que celle de Pif-Gadget. En plus c’était extrèmement populaire, nous l’étions aussi, cela faisait une belle opération. Je pense que des deux côtés tout le monde était content, y compris FECHNER, y compris Pif-Gadget. D’ailleurs nous n’étions pas payés pour faire cela. Cela s’intégrait complètement dans la politique de promotion de FECHNER.

Vous saviez avant de faire ces photos que le journal était lié au PCF ?

Le journal était effectivement affilié au parti communiste, mais je crois que ce n’était pas important. D’abord parce que les jeunes y allaient sans considération politique, on achetait Pif-Gadget parce que c’était Pif-Gadget, c’était un bon journal de bandes dessinées, tout simplement. Et à l’intérieur du journal il n’y avait pas de propagande communiste, ce n’est pas en lisant Rahan ou Corto Maltese que l’on allait s’inscrire automatiquement ou prendre sa carte. Il n’y avait pas de coloration politique, mais il est probable que des parents ont du dire à leurs enfants « je ne veux pas que tu achètes ce torchon » uniquement parce le parti communiste était derrière. Je pense qu’à l’époque, je garde cette idée d’un public très très large et je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup de ségrégations par rapport à ce journal uniquement à cause de sa coloration politique.

Avez-vous eu une réticence par rapport à cause de cette coloration politique ?

Je n’ai absolument pas hésité un instant.

Parce que vous connaissiez Pif-Gadget avant d’accepter de faire ces photos ?

Ah oui ! Absolument, j’étais même très content d’y aller d’ailleurs parce que l’on avait droit à la primeur des gadgets bien avant tout le monde, on savait ce qui allait sortir [Rires]. Et moi j’étais un fan, je lisais Pif-Gadget parce que j’adorais Rahan.

Toutes les photos avaient été faites en une fois ?

Oh non, nous y sommes venus plusieurs fois, il y en avait beaucoup à faire, c’était un gros boulot. Mais c’était de la rigolade permanente, cela ressemblait beaucoup à ce que l’on faisait dans les romans photos, on était mis en scène pour présenter le gadget dans des conditions soi-disant de son utilisation. On se mettait dans des positions absolument figées pour les besoins de la photo et évidemment tout le monde rigolait, les photographes, nous aussi bien sûr, c’était très gai. Il me semble bien que c’était dans un studio qui se trouvait près de la Gare de l’Est et proche du Bd Magenta, vers la porte St-Martin.

Pensez-vous que cette collaboration a amené quelque chose à la popularité des Charlots ?

C’est difficile à dire, d’abord parce que cela ne date pas d’hier, j’ai peut-être oublié l’impact que ça a pu avoir. Mais nous étions des vedettes extrèmement populaires et Pif-Gadget était largement vendu, donc c’était une opération colossale et il est probable que les jeunes de l’époque nous ont tout de suite assimilés aux gadgets de Pif, certainement ils devaient nous reconnaître un peu plus facilement. On nous reconnaissait beaucoup déjà sans Pif-Gadget mais je suppose que ça a du créer un mouvement, c’est sur. Il y avait une telle popularité du journal, je ne verrais pas d’équivalent aujourd’hui, surtout dans la presse pour les jeunes. C’était tellement énorme, un peu comme si on avait mis ma photo pendant 15 jours sur la une d'un quotidien. Evidemment les gens dans la rue me disaient « on t’a vu dans le journal »…

Avez-vous gardé des gadgets de cette période ?

Je n’ai pas gardé les gadgets malheureusement, il y en a quelques uns que j’ai du garder le temps qu’ils aillent jusqu’au bout de leur usure, puis les enfants sont passés par là, donc ça a du disparaître.

Aura-t-on un jour l’occasion de voir se reformer le groupe des Charlots ?

Non, je peux dire non de manière catégorique, parce que ce serait moi qui serait à l’origine du non. Que l’on se retrouve tous ensembles pour une occasion cela peut arriver, mais reformer le groupe, je ne le crois pas. Et ce pour des raisons très simples, tout ce que nous avons fait correspondait à notre âge. Nous étions des chiens fous, c’était rigolo Aujourd’hui tu vas prendre trois-quatre types qui vont avoir soixante balais, qui vont dire « qu’est-ce que l’on s’est marré », mais on ne peut pas refaire la même chose. Ce n’est pas possible de refaire les vieux de la vieille avec des types de soixante ans pour refaire les « conneries » entre guillemets que l’on faisait à 20-30 ans, non ? J’ai une formule toute courte qui dit : « Être un jeune con c’est amusant, être un vieux con ça l’est moins ».

Merci Gérard RINALDI.