Kinder : la surprise des surprises

Cet article a été traduit de l'italien (source : revue italienne "MODO" n°166) par Massimo ALVITO pour la revue "[dizajn]" (prononcez "design"), un article paru dans le n°6 de décembre 95 / janvier 1996. La revue "[dizajn]" peut se recevoir sur gratuitement sur simple demande d'abonnement. Cette revue est chargée de la promotion du design en France, et a été créé par le ministère de la Culture. Situé au sein de L’Ensci-Les Ateliers, [dizajn] est placé sous la double tutelle des ministères de la Culture et de l’Industrie. Il s'agit d'un concentré d'articles de magazines étrangers, mais qui lance aussi des débats et des refléxions très intéressants. C'est l'actualité du vrai design hors "mode design". Vous pouvez commander gratuitement votre abonnement à cette revue en vous adressant directement auprès de la rédaction en téléphonant au 01.49.23.12.69 ou par fax au 01.49.23.12.67. Rendez-leur aussi visite sur leur site : [dizajn]

La surprise des surprises

Surprise ! Concevoir quelque chose qui sera réalisée en dix millions d'exemplaires, quelque chose qui inspire sympathie aux enfants et aux adultes, qui ne soit pas plus large que 30 millimètres ni plus haut que 45 millimètres, qui respecte les normes hygiéniques et sanitaires. Il s'agit des petits oeufs en chocolat de Kinder Ferrero et de ses petites surprises que l'on trouve à l'intérieur.

Mais la vraie surprise, c'est Alfredo ZANELLATO, l'ingénieur en mécanique qui dessine et construit de ses mains, depuis plus de vingt ans, les modèles des jouets insérés dans les oeufs Kinder. L'inventivité et l'humour de ZANELLATO qe conjuguent avec sa profonde connaisance du secteur de la micro-impression des matériaux plastiques. Par un oxymore, on peut dire que son travail se traduit par une simplicité complexe ; simplicité de son regard sur le monde fantaisiste de l'enfant, qu'il doit rejoindre en passant par des contraintes complexes et de différente nature, dictées par le marketing ainsi que par des normes internationales très strictes en matière de sécurité sur les jouets - dont le nombre est réduit au minimum pour ne pas augmenter le coût du produit - et complexité des techniques d'exécution adoptées pour atteindre l'objectif économique et le standard du produit.

Le Kinder Surprise est un produit de confiserie en forme d'oeuf, recouvert de chocolat au lait. A l'intérieur, dans un container spécial de couleur jaune - qui contraste avec celui du produit comestible - se trouve un jouet entier ou en morceaux à assembler. Le produit est né comme "petit oeuf de Pâques", et a rencontré un vif succès dès le début de sa commercialisation. En joignant l'utile de l'aliment au lait à l'agréable de la surprise jouet, il est successivement devenu une sorte de récompense quotidienne pour les enfants.

La rencontre avec ZANELLATTO, qui vient du monde de l'automobile, et l'entreprise FERRERO pour laquelle il dessine une quinzaine de jouets par an, remonte à la fin des années soixante dix. Au début, ZANELLATTO ne se contentait pas de les dessiner, il était également responsable de la production de ses jouets. Pour chaque surprise, il réalisait un million d'exemplaires environ, fabriquait le prototype et suivait la production.

ZANELLATTO gérait également le montage. Les trois ou quatre fournisseurs des coopératives qui travaillaient pour lui aux alentours d'Asti, recevaient les barillets jaunes directement de Ferrero, tandis que ZANELLATTO devait livrer lui-même les petites surprises. Entre 82 et 84 il réalisera environ vingt millions d'exemplaires par an, assemblés par quatre ou cinq fournisseurs et coopératives. Les matériaux plastiques les plus utilisés sont le polystyrène, le nylon et l'ABS, le métal n'étant employé que rarement et avec beaucoup de soin.

Ferrero a progressivement pris en charge la production des surprises, d'une part pour des questions de temps, étant donnée le succès du produit, mais aussi pour sa responsabilité vis à vis du consommateur. Les différentes lignes de surprises insérées dans les oeufs ont réveillé l'âme de collectionneur des adultes plus que des enfants : poupée , automobiles, bateaux, avions...

La typologie des jeux dont s'occupe ZANELLATTO propose aujourd'hui à Ferrero une trentaine d'idées par an et il construit toujours lui-même les prototypes de celles qui sont acceptées. Chaque modèle est ensuite examiné par une commission. Celle-ci vérifie très sérieusement qu'il ne puisse pas être ingéré par l'enfant et qu'il n'y ait pas de parties pointues. Avant d'entamer le processus de production, le dernier mot est donné à un groupe d'enfants qui en vérifient l'attrait.

quelques exemples de surprises

A l'intérieur du barillet, il doit encore rester de la place pour les feuillets d'explications et les éventuels autocollants de décoration. C'est toujours une lutte avec cet espace, réduit lorsqu'il s'agit de dessiner un nouveau jouet. Au départ, la production atteignait en moyenne 700 000 exemplaires pour chaque modèle, avec des pointes de 1 300 000 selon son succès. Aujourd'hui (ndlr : nous sommes en 1995), Ferrero fabrique entre deux et dix millions d'exemplaires. Il y a environ 130 modèles de jeux différents dans les oeufs Kinder. C'est dire si la production est dense.

Ferrero, qui opère dans 29 pays, avec 6 311 employés et 2 447 miliards de lires de produits facturés, édite plus d'un miliard de barillets par an, tous fabriqués en Chine. Excepté l'Allemagne, qui gère de façon autonome la production, ces petites boîtes en plastique jaune, munies de leurs surprises, partent depuis l'Italie vers le monde entier. Et ça aussi, c'est une surprise.

Nous remercions le magazine "[dizajn]" pour nous avoir autorisés à publier l'intégralité de leur article et Sylvain MUNSCHAU pour ses photos qui illustrent cet article.

Nous vous signalons un site internet fort documenté sur lequel vous pourrez découvrir une impressionnante collection de surprises Kinder et toutes les questions que vous pourriez nous poser : le site d'Alix