(news n°448 en collaboration avec du 15 juin au 14 juillet 2005) - spéciale Rahan

C'est un événement, un nouvel album de Rahan sort le 15 juin ! A cette occasion, Pif-Collection et Rahan.org s'associent pour vous proposer une news très spéciale entièrement consacrée au personnage créé par Roger Lécureux et André Chéret. Au sommaire de cette news copieuse, de nombreuses surprises, invités, et cadeaux. Et le premier que nous vous proposons, c'est cette interview méconnue de Roger Lécureux accordée à l'hebdomadaire La Vie Ouvrière en 1975. Il y a 80 ans cette année, naissait ce scénariste prolifique, toujours publié, et qui aura sans conteste, marqué l'histoire de la Bande Dessinée. Son fils, Jean-François nous explique comment il a abordé la reprise du personnage et nous décrit sa façon de travailler sur le scénario des nouvelles aventures de Rahan. Cette news doit tout particulièrement à Laurent Alais qui est allé interviewer pour vous : André Chéret. Il a, en outre, recueilli de nombreux témoignages de la profession lors du festival de Brest, voyez plutôt : Michel Blanc-Dumont, Michel Faure, Patrice Pellerin... nous commentent leur rapport avec le personnage. Rahan représente probablement aujourd'hui le héros le plus emblématique de Pif-Gadget et continue à fasciner les plus jeunes lecteurs. Témoin ce livre de Pascal Hachet qui présente la psychanalyse de Rahan" où l'auteur s'est appliqué à essayer de décortiquer les secrets intimes de Rahan. Enfin, pour récompenser les visiteurs de leur fidélité, nous avons organisé un petit concours assez facile qui vous permettra de pouvoir gagner un des 3 albums de "la liane magique" offerts par les éditions Lécureux ! Ouf ! Une news à déguster avant et après la lecture de l'album...

le nouvel album de Rahan : "la liane magique"

"La liane magique" sera le 6ème album qu'éditent les éditions Lécureux, un personnage de Rahan imaginé il y a 36 ans par Roger Lécureux. Depuis que son fils Jean-François a repris la destinée du personnage, Rahan connaît de nouvelles aventures avec, toujours fidèle au poste, son créateur graphique : André Chéret.

Pif-Collection et Rahan.org tenaient à saluer et célèbrer ce 6ème album au titre énigmatique : "la liane magique"...

 

André Chéret vu par...

Laurent Alais est allé accompagner l'infatigable dessinateur de Rahan : André Chéret au festival de Brest, une manifestation incontournable fort sympathique dont nous reparlerons dans la prochaine news.

Laurent Alais en a profité pour interroger de nombreux dessinateurs et scénaristes afin qu'ils nous parlent de Rahan et de ses créateurs. Voici " André Chéret vu par" ses pairs ...

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Jean-François Lécureux : "un fonceur sentimental"

Alors que Jean-François regardait son père travailler, Roger Lécureux ne se doutait pas qu'un jour son fils reprendrait le flambeau. Tel un élève attentif, il a pris modèle et ainsi intégré la notion de suspens en bas de page que Roger Lécureux avait adoptée dans sa technique d'écriture.

Jean-François Lécureux a accepté de nous parler de la reprise, au scénario, des nouvelles aventures de Rahan...

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Roger Lécureux nous parle de 30 ans de BD française !

Nous vous présentons un document que peu d'amateurs de l'oeuvre de Roger Lécureux ont eu le loisir de lire, il s'agit d'entretiens de l'auteur avec Georges Quiquère, journaliste à l'hebdomadaire La Vie Ouvrière. Cet article est paru il y a déjà 30 ans et s'intitulait "Roger lécureux nous parle de 30 ans de Bande Dessinée française". Jean-François Lécureux et la rédaction de l'hebdomadaire nous ont aimablement donné l'autorisation de publier cet article et nous les en remercions...

La psychanalyse de Rahan

Fan de la première heure, Pascal Hachet est un passionné à la double casquette : à la fois lecteur et à la fois psychologue, il a entrepris de disséquer avec un regard psychanalytique les aventures de Rahan pour en analyser la personnalité complexe du "fils des âges farouches". Un travail étonnant qui réservent de nombreuses surprises aux lecteurs de son livre : "la psychanalyse de Rahan"...

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Rahan à Bélesta

Si vous vous rendez dans les Pyrénées Orientales cet été, ne manquez pas de faire un détour par Bélesta. Depuis le mois de mai jusqu'au mois de novembre, aura lieu une exposition Rahan au Château-Musée de Préhistoire récente...

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Les éditions Lécureux vous offrent 3 albums de "la liane magique", le dernier album de Rahan. Pour jouer, il suffit d'envoyer un email au site et de donner la réponse au jeu : a, b ou c. Un tirage au sort aura lieu le 30 juin et désignera les 3 gagnants.

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Le nouvel album de Rahan : "la liane magique"

"La liane magique", le nouvel album de Rahan à paraître le 15 juin 2005

 

"La liane magique" sera le 6ème album qu'éditent les éditions Lécureux, un personnage de "Rahan" imaginé il y a 36 ans par Roger Lécureux. Depuis que son fils Jean-François a repris la destinée du personnage, Rahan connaît de nouvelles aventures avec, toujours fidèle au poste, son créateur graphique : André Chéret. Pif-Collection et Rahan.org tenaient à saluer et célèbrer ce 6ème album au titre énigmatique : "la liane magique"...

André Chéret a confié à Laurent Alais qu'il a aimé travailler sur cet album au format inhabituel pour le personnage : un récit en 60 planches. Le dessinateur a ainsi pleinement profité de l'espace qui lui a été attribué et vous resterez probablement en admiration devant de magnifiques double pages exécutées d'une main de maître.Une première qui satisfait le dessinateur, qui estimait que Rahan méritait ce format. Quand il a reçu le scénario, il a été immédiatement enthousiaste ; il avoua à Laurent s'être "éclaté" au dessin du fait du nombre important de personnages. Les couleurs sont toujours assurées par Chantal Chéret, qui continue à privilégier les couleurs "à l'ancienne", plus chaudes et éclatantes...

Sans vouloir dévoiler le contenu de cet album, nous pouvons toutefois dire que Jean-François Lécureux a écrit un album avec un Rahan quasi mystique, à sa lecture ; cet album se présente comme un feu d'artifice de 36 années d'existence du personnage. En effet, tout y est résumé, une sorte de testament avant l'heure de l'action et de la vie de ce personnage de papier ! Rahan a réussi tout au long de ses aventures à réunir les hommes, les clans entre eux, cette magnifique parabole qu'est la "liane magique" en est une très belle illustration.

Cet album devrait sans aucun doute satisfaire les fans les plus exigeants.

Roger Lécureux nous parle de 30 ans de Bande Dessinée française (1975)

Nous vous présentons un document que peu d'amateurs de l'oeuvre de Roger Lécureux ont eu le loisir de lire, il s'agit d'un entretien de l'auteur avec Georges Quiquère, journaliste à l'hebdomadaire La Vie Ouvrière. Cet article est paru il y a déjà 30 ans et s'intitulait "30 ans de Bande Dessinée française". Jean-François Lécureux et la rédaction de l'hebdomadaire nous ont aimablement donné l'autorisation de publier cet article et nous les en remercions.

Roger Lécureux nous parle de 30 ans de Bande Dessinée française

"Comme toutes les religions, la BD a ses détracteurs farouches qui lui reprochent d'éloigner le public - et surtout le jeune public - de la littérature, de cultiver le mauvais goût, le racisme et la misogynie.

Quoi qu'il en soit, la bande dessinée est devenue de nos jours un fait social. Si les journaux spécialisés sont peu nombreux, il n'est guère de quotidiens qui ne lui accordent une large place, souvent une page entière. Un nouveau mode d'expression a pris forme peu à peu, et l'on ne saurait prétendre que tel d'entre eux puisse être qualifié de mineur par rapport à tel autre. Comme les autres, celui qui nous intéresse ici peut véhiculer toutes les idées, bonnes ou mauvaises, progressistes ou abêtissantes, conformistes ou dérangeantes. La qualité du graphisme joue, parallèlement, un rôle considérable. Et, si certains dessins sont d'une laideur navrante, d'autres touchent à l'oeuvre d'art (1).

On a déjà écrit de nombreuses thèses fort savantes sur la BD. Nous ne saurions ici ni les adopter en totalité, ni même les résumer. Nous nous contenterons de raconter (sans bulles) l'histoire originale d'une équipe qui, partie de pas grand-chose, s'est assuré une place enviable sur le marché mondial de la spécialité, celle des Editions « Vaillant-Pif » qui ont célébré leur trentième anniversaire à la fin de l'année passée (ndlr : rappel, nous sommes en 1975 lorsque cet article est paru).

photo Serge Gautier

Un héritage de la résistance

Sans remonter très loin dans le temps, si nous prenons pour référence l'immédiat avant-guerre, les journaux spécialisés américains avaient conquis le marché européen. L'occupation coupa la route de la BD américaine. A l'époque, les journaux que l'on se passait sous le manteau et sans l'autorisation des Allemands avaient autre chose à dire.

L'un de ces journaux clandestins de la Résistance avait pour titre « Le Jeune Patriote ». II représentait le Front Uni de la Jeunesse Patriotique (FUJP), organisation de la jeunesse combattante du Front national.

Le Conseil national de la résistance avait décidé que, dès après la Libération, la presse serait contrôlée par les mouvements issus de la Résistance. Tant de journaux avaient, avant la guerre, participé à l'intoxication de Français, puis sombré dans la collabo-ration en 1940, qu'il n'était pas question de leur permettre de reparaître quand la paix reviendrait. De plus, le CNR avait prévu un système protectionniste de la nouvelle presse française pour empêcher la concurrence étrangère, tant au plan des moyens qu'à celui des idées.

C'est sur cette toile de fond que commence notre histoire. Celui qui nous la conte s'appelle Roger Lécureux. Il l'a vécue de A à Z, ou presque. Roger est aujourd'hui un grand nom de la BD mondiale. Ses créations : « Les Pionniers de l'Espérance », « Nasdine Hodja », « Teddy Ted », « Le Grêlé 7/13 », « Rahan », sont mondialement connues. A plusieurs reprises, les distinctions les plus retentissantes. ce qui correspond au cinéma aux Oscars aux « Lions d'Or à la « Palme d'Or etc., lui ont été décernées. II travaille dans le calme de sa maison d'ltteville. dans la grande banlieue sud de Paris. C'est là que nous l'avons rencontré.

« Dans les jours qui suivirent la Libération de Paris, nous dit-il, la petite équipe qui avait dirigé « Le Jeune Patriote » dans la clandestinité se vit délivrer l'autorisation de sortir un journal au grand jour... La guerre n'était pas finie et Le Jeune Patriote continua, sous d'autres formes, à exalter l'exemple de ceux qui portaient les derniers assauts au IIIème Reich nazi.

La paix étant revenue, ii apparut très vite aux dirigeants de cet hebdomadaire que quelque chose manquait dans la gamme des journaux offerts au public de l'après-libération : un journal illustré destiné aux enfants. C'est alors qu'ils créèrent « Vaillant », avec l'attribution de papier - le papier était alors contingenté - destiné au Jeune Patriote. »

Poïvet et Lécureux ont emmené les Pionniers de l'Espérance sur la lune 10 ans avant Armstrong

Premier critère : des idées de progrès

« Pour ce qui me concerne, j'étais imprimeur, conducteur offset pour préciser... J'avais eu des mots avec mon employeur et je m'étais fait mettre à la porte... Ayant entendu dire qu'on lançait un nouveau journal illustré, je suis allé me présenter à l'embauche. La bande dessinée me passionnait, et c'est sur ce simple critère que René Moreu (2), le rédacteur en chef, m'embaucha. « Occupe-toi des abonnements ! », me dit-il... C'était assez facile, il y en avait tout juste une soixantaine...

Nous n'étions qu'une toute petite équipe au début : Madeleine Bellet, Coignoux, Annette Houzet, Jean 0llivier, Deran, Moreu, Gire, Debonne, Liquois et moi, si j'ai bonne mémoire ; autant de copains dont l'enthousiasme et le désir de réussir étaient beaucoup plus élevés que les connaissances réelles... Nos premières bandes étaient toutes très patriotiques, mais assez malhabiles de par leur conception et leur graphisme...

 

Quelques-uns des pionniers des Editions Vaillant. De gauche à droite : Rémy Bourlès (« Bob Mallard »), Jean Trubert, Jean 0llivier, Raymond Poïvet (« Les Pionniers de l'Espérance »), Madeleine Bellet, directrice, Roger Lécureux, Max Brunel, Cabrero Arnal (« Pif le chien ») et René Moreu, rédacteur en chef, en 1950

Michel Debonne écrivit le scénario d'une bande intitulée « Fifi, gars du maquis » (3). Elle avait beaucoup de succès et tous ceux qui ont connu cette époque-là s'en souviennent, je crois... L'ennui, c'est que Michel avait la détestable habitude de mettre son Fifi dans des situations inextricables. A ce point de l'histoire, il ne savait plus comment tirer son héros d'affaire. Alors, il venait me trouver et me demandait : « comment tu le sortirais de là toi ? ». Je trouvais toujours un moyen. au bout de quelques mois, il pensa qu'il était plus simple de me demander si je voulais écrire l'histoire à sa place. Moreu insista : « Laisse tomber tes fiches et viens avec nous à la rédac !...

« Notre petite équipe s'étoffait peu à peu. Libéré du camps de concentration de Mauthasen, l'antifasciste espagnol Cabrero Arnal créait "Placid et Muzo", ainsi qu'un personnage dont la popularité allait devenir extraordinaire : « Pif le chien ». Henri Bourdens et Rémy Bourlès imposaient les aventures aéronautiques de "Bob Mallard". Jean 0llivier (4) et René Bastard connaissaient également le succès avec un héros médiéval, "Yves Le Loup". Associé au dessinateur Raymond Poïvet, je créais la première bande de science-fiction française : « Les Pionniers de l'Espérance ». Notre journal n'était pas composé comme aujourd'hui uniquement de bandes dessinées. Il y avait du texte, des nouvelles, des récits d'aventures vécues... Je dois reconnaître que, sur le plan technique, nous n'y sommes pas allés par trente-six chemins.

Nous avions des idées mais peu d'expérience. Nous avons donc étudié sérieusement la technique américaine découpage du scénario, part comparée du texte et de l'image, etc... Bien entendu, le contenu était tout à fait différent.

« Le tirage est passé rapidement à 100 000, à 150 000, à 200 000 exemplaires. Parallèlement, le journal prenait de l'ampleur, de 8 à 16, puis à 32 pages... La concurrence arriva de Belgique, d'Italie, puis des Etats-Unis, « Vaillant » la supporta sans broncher, augmentant même insensiblement son audience...

L'esprit d'initiative, d'ouverture qui régnait au sein de notre équipe a permis la création d'une véritable école de la bande dessinée française qui se caractérisa essentiellement par la mise en valeur d'idées telles que le progrès, la justice, la liberté, sans pour autant qu'on assiste à une sorte de bourrage de crâne... II existe actuellement en Europe occidentale quelque 120 spécialistes de la bande dessinée. Les deux tiers d'entre eux, au moins, sont passés par « Vaillant », et parmi eux des noms très connus comme Paul Gillon, Pierre Le Guen, Marcel Gotlieb, Mandrika, Houdelinckx, Mattioli, Nortier, Hugo Pratt et j'en passe... Je le dis sans forfanterie : sans « Vaillant », la bande dessinée ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui... Dès le début, et les premiers dans le monde, dans une bande qui s'appelait « Sam-Billy-Bill », nous avons réhabilité les Indiens. Cela se passait plus de dix ans avant que le cinéma américain utilise ce thème... L'équipe d'astronautes des « Pionniers de l'Espérance » était composée d'hommes et de femmes de races différentes. On peut constater aujourd'hui que le racisme a pratiquement disparu des bandes dessinées européennes. Cela aussi, c'est à mettre à l'actif de « Vaillant »... »

Une question à Roger Lécureux : « Pouvez-vous nous énumérer les principes sur lesquels sont bâtis vos scénarios ? »

André Deran colaborateur régulier de la Vie Ouvrière et faisait partie de la première équipe de Vaillant (photo de Lucchesi)

« Dans la bande dessinée d'aventures destinées aux enfants, les genres sont assez limités : histoires de westerns, de corsaires, de brousse, de chevalerie, de science-fiction... A « Pif », tous ces genres sont couverts... L'essentiel pour nous est d'inventer des héros progressistes, rationalistes, dont, le comportement est toujours collectif. "Teddy Ted", par exemple, n'est pas seul ; il est motivé par un groupe. Pas un « Superman » non plus ; il est souvent en difficulté... Dans d'autres journaux, spécialisés ou non, une part non négligeable est faite au rêve, au délire... C'est finalement beaucoup plus facile. Dans « Pif », il n'y a pas de place pour le surnaturel...

» Une autre constante de la bande dessinée : les différents personnages doivent avoir un caractère bien défini : idéaliste, ou rigolo, ou jovial, ou renfermé, ou peureux, que sais-je encore ?... D'un épisode à l'autre, le lecteur doit retrouver chacun d'entre eux tel qu'en lui-même, dans de nouvelles aventures... Ce qui différencie également notre production de la production américaine, c'est que, dans cette dernière, il n'y a que très peu de texte et jamais de commentaires. Nous considérons, mon ami Jean 0llivier et moi, que le dessin ne peut pas toujours tout exprimer. C'est pourquoi nous incluons dans nos scénarios le minimum indispensable de commentaires. »

Le fils des âges farouches

Rahan est l'un des grands succès actuels de « Pif » qui a succédé à « Vaillant ». Roger Lécureux nous parle à présent de ce personnage désormais populaire dans une vingtaine de pays.

« J'avais depuis longtemps l'intention de créer un personnage de la préhistoire... La difficulté première consistait justement dans le fait que la préhistoire n'a pas connu, comme son nom l'indique, d'historien.

Elle s'étale sur des millions d'années ; on en est aujourd'hui certain. On sait aussi que la lente évolution humaine a connu des conditions climatiques très différentes, des techniques d'outillage, donc de chasse, différentes... Pour mettre au point mon personnage, il m'a fallu inventer une fausse préhistoire, rassembler en une période très courte - la vie d'un individu - ce que nos lointains ancêtres avaient mis si longtemps à découvrir au prix d'incroyables difficultés... Parfois, je n'ai pas hésité à faire figurer dans mes scénarios des grands sauriens dont on est sûr qu'ils avaient tous disparu bien avant l'apparition de l'homme sur notre planète... Délibérément, je ne fais pas oeuvre d'ethnologue. Tout le monde le comprend ; mais le plus important de mes problèmes était d'abord de prendre ce parti...

Ce que j'ai voulu faire comprendre à mes lecteurs, c'est que les plus importantes découvertes de la préhistoire ont été faites le plus souvent de façon fortuite, que l'homme préhistorique, se trouvant placé accidentellement dans une situation nouvelle, trouvait des solutions à sa situation, qu'il utilisait par la suite dans la vie courante. Et que c'est ainsi, de progrès en découvertes, qu'il est parvenu peu à peu à assurer la survie de l'espèce, puis à conquérir le monde.

Rahan est un homme digne, l'archétype de tous ceux qui, au cours de cette longue nuit de la préhistoire, ont fait progresser les autres hommes. Mais c'est un homme comme les autres : il doute, il a souvent peur, il est vulnérable.

André Chéret (1975)

Des témoignages que je reçois de partout m'informent que les enfants manifestent aujourd'hui beaucoup d'intérêt pour la préhistoire grâce à Rahan... On écrit des thèses là-dessus. Ma modestie est mise à rude épreuve... A l'opposé, certains m'accusent de « racisme inconscient » parce que mon héros est blanc et blond... C'est une chose que nous avions décidée ensemble avec le dessinateur André Chéret. Un homme à peu près nu ressemble beaucoup à un autre. Si nous avions voulu que Rahan soit brun, sa silhouette aurait été la même que celle de Tarzan. La silhouette seulement, bien sûr, mais c'était encore trop.

On m'adresse bien d'autres reproches. Les fillettes, par exemple, voudraient que Rahan se marie... Elles soulèvent là un vrai problème : les héros de bandes dessinées sont souvent misogynes. Ce n'est pas le cas de Rahan, mais, s'il se mariait, ce serait la fin de ses aventures. Bien des histoires se sont terminées sur cette conclusion : « II se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. »

André Chéret, un dessinateur belge, s'est passionné pour Rahan. Il dessine depuis une douzaine d'années. C'est lui qui interprétait les dernières bandes de Bob Mallard, mais il n'était pas à son aise dans les histoires de moteurs, de carburateurs et de tubulures. Il s'est passionné pour Rahan, un héros qui correspond à son goût pour la nature...

Edité en album trimestriel, « Rahan » a connu d'emblée le grand succès . le premier numéro a été vendu à 300 000 exemplaires.

des versions étrangères de Rahan
Georges Quiquère

Interview parue dans le numéro 1593 de La Vie Ouvrière du 12 mars 1975.

(1) Un joli livre largement illustré, intitulé « L'Aventure et l'image », a été édité chez Gallimard à l'occasion du 30ème anniversaire des Editions Vaillant. Il contient de très belles reproductions agrandies de différentes bandes aujourd'hui « historiques ».

(2) Notre ami, le peintre René Moreu, a durant plusieurs années participé à la mise en pages de « la Vie Ouvrière ».

(3) « Fifi, gars du maquis » était dessiné par André Liquois.

Jean-François Lécureux : "un fonceur sentimental"

Jean-François Lécureux

Alors que Jean-François regardait son père travailler, Roger Lécureux ne se doutait pas qu'un jour son fils reprendrait le flambeau. Tel un élève attentif, il a pris modèle et ainsi intégré la notion de suspens en bas de page que Roger Lécureux avait adoptée dans sa technique d'écriture. Jean-François nous a confié de plus que le scénario avait été écrit en moins d'une semaine mais avec des mois de réflexion sans rien écrire auparavant.

Jean-François Lécureux a accepté de nous parler de la reprise, au scénario, des nouvelles aventures de Rahan.

Pif-Collection : Vos réactions à la lecture de l'interview de Roger Lécureux ?

Jean-François Lécureux : "Je suis évidemment très sensible et ému à la relecture de l'interview de papa ! Je retrouve bien là sa façon de penser et la manière qu'ils ont eu, maman et lui, de nous élever ma sœur Patricia et moi.

D'ailleurs, les grands thèmes de la vie, qui sont ceux développés en permanence dans Rahan, nous ont bercés chaque jour. Courage, loyauté, générosité, ténacité, sagesse et maintenant la griffe apportée par moi dans le tome 3, "les fils de Rahan", à savoir la griffe de l'ingéniosité ! Certes, ce n'est pas une valeur morale, forte comme les 5 premières, mais Rahan est tellement ingénieux que je n'ai pu m'empêcher de lui attribuer cette vertu qui le fait avancer dans ce monde en plein développement qui est le sien !

André Chéret et Jean-François Lécureux en dédicaces à Aix-en-Provence en mars 2005

Les thèmes sont nombreux dans ma vie de tous les jours et pour moi qui suis plutôt technicien, concepteur et pilote de moto à mes débuts, constructeurs de bateaux ensuite, puis par la réalisation de drones (ces avions espions télé-pilotés utilisés par de grosses entreprises), il est facile de donner à Rahan, dont j'ai repris l'écriture des scénarios à la disparition de papa fin 1999, des capacités infinies dans la découverte et l'utilisation de la nature.

Vous me direz, avec toutes ses activités techniques qui ont été les miennes depuis 30 ans comment en suis-je arrivé à me mettre à la plume…!? Et bien cela remonte à ma plus tendre enfance, celle pendant laquelle nous ne cessions, papa et moi, de dévorer la vie ! Relever des défis sportifs, techniques, la compétition était à chaque fois présente et le meilleur devait gagner ! Ce n'est pas de la fanfaronnerie, c'était pour moi un challenge que de gagner mon père et lui montrer que j'étais capable, je ne cache pas ma fierté pendant les succès !! Mais ne m'avait-il pas laissé gagner pour me motiver…? En tous cas, je lui dois tout, je leur dois tout, à papa la hargne et l'envie de gagner avec intelligence et à maman la douceur et la tendresse journalière ! En vérité je suis un fonceur sentimental !

Voilà des aveux que je n'avais encore jamais fait…

André Chéret et Jean-François Lécureux à Aix-en-Provence en mars 2005

Mais je pense que cela explique le désir fou d'essayer de reprendre l'écriture de papa, de lui montrer ne nouvelle fois qu'il a bien fait de croire en moi, toute sa vie et même après… Je n'étais pas sûr de réussir et chaque jour je me pose encore beaucoup de questions ! Trouverais-je encore l'inspiration, aurais-je les reins assez solides pour continuer à évoluer dans ce monde de l'édition…? Combien d'album de Rahan à créer ? Les idées me viendront-elles ? Ce challenge est ambitieux mais je pense être sur la bonne voie !

Aujourd'hui 15 juin 2005, c'est la sortie du tome 6 des nouvelles aventures de Rahan.. Angoisse, suspens… Les premiers lecteurs semblent emballés je suis très fier pour papa et un peu pour moi aussi. Je suis certain, du nuage, d'où il m'observe, qu'un large sourire illumine son beau visage !! Ce sourire me motive et me pousse à continuer ! Beaucoup de projets sont en route et de nouveaux se profilent à un horizon très proche, mais rester sage et prudent, ne pas vendre la peau de l'ours…

Mais le travail est de mise ! J'y retourne…"

Jean-François Lécureux

Pour en savoir plus sur le scénariste, reportez-vous à la biographie de Jean-François Lécureux en ligne sur Rahan.org : http://www.rahan.org/presentation/auteurjeanfrancoislecureux.html

Sur le site, allez lire aussi la page de présentation du coffret comprenant un ex-libris : http://www.rahan.org/actuel/coffret6tomes.html

André Chéret vu par...

André Chéret en dédicaces à Brest en juin 2005

Laurent Alais est allé accompagner l'infatigable dessinateur de Rahan : André Chéret au festival de Brest, une manifestation incontournable fort sympathique dont nous reparlerons dans la prochaine news.

un sacré plateau d'auteurs présents à ce festival (photo copyright festival BD de Brest) dont Chantal, André Chéret et Laurent Alais

Lors de ce festival, Laurent Alais s'est amusé à interroger les auteurs présents afin de recueillir leur perception du travail d'André Chéret sur Rahan, voici quelques réponses parmi d'autres... Nous avons ajouté un lien pour chaque auteur sur opaleBD ainsi que l'un des derniers albums de chaque auteur.

Laurent Alais : Pour vous en tant qu'auteurs de BD, comment percevez vous le travail d'André Chéret dans le monde la BD avec « RAHAN » entres autres ? »

Michel BLANC-DUMONT : "Ce qui me vient en premier quand je pense au dessin d'André, c'est son magnifique encrage !!! Très fin, très subtil ! Du dessin rare… Son exposition à Angoulême m'a beaucoup impressionné !!!"

Raoul CAUVIN : "André Chéret fait partie des grands dessinateurs qui m'ont poussé à faire de la Bande Dessinée mon métier !!!"

Abel CHEN : "Le dessin est tellement réaliste et bien dessiné dans le moindre détail que chaque page est un chef d'œuvre que tu prends un immense plaisir à la lecture de chacune d'elles !!!"

François CORTEGGIANI : "Un trait fait de FORCE & de SOUPLESSE instinctif et puissant. Voilà pour moi le dessin d'André Chéret, à mon avis l'un des meilleurs dessinateurs d'aventure jamais rencontré. Je ne suis pas un grand amateur d'hommes préhistoriques mais ses pages aux noirs & blancs magnifiques à la naissance de « RAHAN » m'ont laissé un souvenir impérissable !!! "

Laurent Alais et François Corteggiani

Yves RODIER : "RAHAN pour moi, c'est l'épisode : « Le Captif du grand fleuve » et c'est grâce à cet épisode que j'ai appris à nager et à plonger car « RAHAN » me l'a fait comprendre."

François DERMAUT : "Dans le dessin d'André c'est avant tout le « mouvement », et surtout c'est une BD qui m'a donné envie d'en faire !!!"

Michel FAURE : "Un superbe univers imaginaire primitif plein de bon sens grâce aussi au talent des scénarios !!!"

Jean-Claude FOURNIER : "Mon André, même ton crayon est musclé !!! Chapeau et Amitiés."

Jean-Charles KRAEHN  & Patrice PELLERIN : "Dessin extraordinaire le graphisme et la vie qui en ressort sont superbes. J'ai copié je l'avoue plusieurs pages de « RAHAN » pour travailler à mes débuts ma technique."

OBION : "En plus de superbes aventures scénarisées par Roger Lécureux, l'aspect ludique et très imaginatif de l'histoire de la Préhistoire mon beaucoup marqué."

Roger WIDENLOCHER : "André Chéret c'est surtout le « Fils de Craô » et « Craô » était le copain de régiment de mon père, c'est tout dire… Grâce à lui maintenant ; je « marche debout » !!! "

 

Alain ROBET : "Découverte enfant d'un dessin dynamique et brillant (sensation superbe de vitesse dans le dessin).Une légère préférence pour les épisodes en noir & blanc."

Jean-Baptiste MONGE : "C'est avec « TARZAN » de Hoggart, une de mes premières lectures. Tous les deux (RAHAN & TARZAN) sont constamment en mouvement et l'équilibre graphique est parfait, surtout en noir & blanc me concernant."

Toutes les réponses ont été écrites par les auteurs à qui j'ai demandé d'être sincères.

Laurent Alais

La psychanalyse de Rahan

"la psychanalyse de Rahan" par Pascal Hachet paru aux éditions l'Harmattan en 2000

Fan de la première heure, Pascal Hachet est un passionné à la double casquette : à la fois lecteur et à la fois psychologue, il a entrepris de disséquer avec un regard psychanalytique les aventures de Rahan pour en analyser la personnalité complexe du "fils des âges farouches". Un travail étonnant qui réservent de nombreuses surprises aux lecteurs de son livre : "la psychanalyse de Rahan"... Pour vous donner un avant-goût de ce travail, voici un extrait choisi aimablement autorisé par l'auteur :

"RAHAN ET SES LECTEURS

Les Aventures de Rahan expriment une réalité simple : l'héritage mental que nous recevons de nos ascendants, par le biais de la relation affective que nous avons avec eux au cours de notre enfance, ne comporte pas que des aspects positifs, constructifs. Très variable selon les individus, une partie de ce legs est sombre. Or, les zones d'ombre de la vie de nos ascendants ne sont pas plus assimilables par nous qu'elles ne le sont ou furent par eux ! De sorte que dès l'aube de notre existence, nous sommes contraints de lutter pour nous déprendre de l'influence qu'elles exercent par le biais de nos attentes affectives. Chez le célèbre personnage de Lécureux et Chéret , la part positive de cet héritage serait essentiellement la conséquence de son attachement à son père adoptif Crao dans ce qu'il eut de plus sain. Illustrée par le collier aux griffes représentant des vertus que cet homme lui lègue avant de mourir, elle se traduit par un amour respectueux de la nature et des hommes et par un courage à toute épreuve.

La part négative de cet héritage n'est pourtant pas négligeable. Elle donne lieu à une forte "hantise", au sens psychanalytique de ce terme. Elle serait due à l'exposition précoce et prolongée de ce héros de la préhistoire aux symptômes issus des secrets douloureux de son père adoptif - et dans une moindre mesure de sa mère adoptive -, dont la conséquence manifeste serait que cet homme n'eut ni femme ni enfants bien qu'il soit chef de clan. Cette part négative se traduirait notamment par le fait que Rahan n'hérite pas n aturellement de son coutelas, mais qu'il se l'approprie brutalement en le volant. La hantise du héros associerait son refus forcené d'attaches vis-à-vis des territoires et des clans, une phobie de la mort... et surtout des morts, ainsi que le fait de ne pas prendre femme - à une, tardive et étrange exception près - et de ne pas avoir de descendance ; ou du moins d'être resté un certain temps sans savoir qu'il allait être père puis très longtemps sans savoir que ses enfants étaient nés. Quant à les retrouver enfin, seule la parution prochaine des ultimes épisodes - puisque le scénariste Lécureux vient de décéder ( ndlr : le livre a été écrit en 2000 ) - des aventures du fils des âges farouches nous dira s'il en sera ainsi. Je gage que le chemin de ces retrouvailles sera particulièrement semé d'embûches (1).

Mais ce qui compte - et c'est en cela que ce personnage de bandes dessinées proposerait un modèle identificatoire unique à ses lecteurs -, c'est que Rahan combine dans un sens globalement favorable la partie positive et la partie négative de son héritage psychique, comme l'expriment son aptitude à transmettre aux autres hommes, son goût de l'effort intellectuel et son sens de la justice. Le héros aime sa vie et son prochain. Cette synthèse à peu près stable expliquerait une partie de l'attrait que les pérégrinations préhistoriques de ce personnage exercent depuis trente ans auprès de millions d'enfants et d'adolescents. Les deux traits de caractère les plus attachants (2) de Rahan sont - comme en chacun - le fruit de l'équilibration des aspects plus ou moins heureux de son héritage mental :

- Son inextinguible soif de justice associe - pour le legs positif reçu - une empathie spontanée, désintéressée et impliquée pour le malheur d'autrui et - pour le legs négatif reçu - le fait que cette générosité morale se situe souvent à la limite du sacrifice de soi. Le héros n'en tire aucun bénéfice direct. Il refuse par exemple de rester dans un clan qui l'a pris en affection et d'y accéder à une position de pouvoir.

- Son infatigable et efficace curiosité intellectuelle intègre - pour le legs positif reçu - une faculté d'émerveillement face aux mystères de la nature et une acuité pour dénoncer les croyances dont certains hommes se servent pour en asservir d'autres et - pour le legs négatif reçu – une errance toujours insatisfaite, ainsi qu'une absence complète de liens affectifs continus.

La soif de justice et de savoir qui anime Rahan traduit son souci de rapports équilibrés entre les générations et, donc, d'une transmission réussie du savoir et des savoir-faire. Cela donne lieu à des interventions correctes en ce sens, souvent tirées de l'observation de phénomènes naturels. Le fils de Crao a fait un héritage mental suffisamment cohérent pour que cette soif prenne une forme humanisante, c'est-à-dire aidante pour son prochain et - interactivement - pour lui-même. Mais cet héritage est aussi suffisamment problématique pour que les efforts du héros soient auto-dévorants, en quelque sorte addictifs, incroyablement marqués et qu' ils se révèlent comme les indices d'un malaise psychique significatif.

Roger Lécureux (1998) souhaiterait que son personnage soit "un modèle pour tous les jeunes et les moins jeunes aussi. (...1 Les découvertes faites par Rahan sont utilisables par toutes et tous. (...) elles devraient ouvrir leur esprit à la compréhension des choses". Perrin (op.cit.) estime que les lecteurs "sont Rahan" et que "ce sont eux qui apportent le message aux hommes de la préhistoire". De la sorte. "par la vie qu'ils donnent à Rahan, ils deviennent en retour les éducateurs d'eux-mêmes" (ibid.).

Mais qui sont les lecteurs des Aventures de Rahan ? La plupart d'entre eux sont nés dans les années soixante, comme l'attestent les résultats du sondage que Marc Rioux a mis début 1999 à disposition des usagers de son site Internet "Rahan non-officiel" : 47 % d'entre eux ont entre 30 et 39 ans. 53 % commencèrent à lire les aventures du héros entre l'âge de 10 et 19 ans et 47 % avant l'âge de 9 ans. Corrélativement, 71 % de ces personnes ont découvert Rahan dans Pif. A l'orée du troisième millénaire, le fils de Crao a t-il toujours une place ? L'opinion de Lécureux (1998) est sans ambiguïté : "Plus que jamais sa place est là ! Les jeunes d'hier sont les mêmes aujourd'hui ; un peu plus de modernité dans les matériaux environnants, mais la base est la même. Si seulement les enfants pouvaient avoir le comportement de Rahan devant les problèmes qui se présentent à eux, nous serions dans un monde plus serein".

(extrait du livre de Pascal Hachet paru aux éditions l'Harmattan dans la collection Psychanalyse et civilisations en 2000).

Pascal Hachet

Son auteur, Pascal Hachet a accepté de répondre à nos questions à propos de son livre :

Pif-Collection : Pourquoi vous êtes-vous attelé à vouloir décrypter les aventures de Rahan dans une optique psychanalytique ?

Pascal Hachet : "Parce que je suis à la fois un fan de Rahan de la première heure (je suis né en 1962 et je pourrais raconter mille anecdotes sur mon « identification » passée à ce personnage…) et un psychologue (d'orientation psychanalytique) en exercice. Mes idées au sujet du « fils des âges farouches » s'enracinent strictement dans les émotions, les sensations, les images et les questions qui, enfant puis adolescent, m'envahissaient délicieusement et me stimulaient lorsque je me plongeais dans les aventures du « fils de Crao ». Mes choix professionnels m'ont alors conduit à donner – sous l'effet d'une impérieuse nécessité (comme si ma vie en dépendait !) – une issue créatrice (sans « grille de lecture » préalable) à cette résurgence intérieure. C'est venu un peu du cerveau et beaucoup du ventre. Je ne suis pas un disséqueur d'âmes".

Pif-Collection : Comment avez-vous procédé ? Avez-vous dû lire toutes les aventures de Rahan ?

Pascal Hachet : "Je me suis contenté d'observer la manière dont le « fils des âges farouches » pense, ressent, imagine, communique avec les autres hommes et agit ; d'ailleurs, chaque lecteur agit de la sorte ! Cela m'a amené à être attentif, avec la casquette du « psy » cette fois-ci, aux petites et grandes bizarreries qui émanent du comportement de Rahan (et ne diminuent en rien – bien au contraire – les innombrables qualités incarnées par ce personnage). En voici quatre exemples :

- Pourquoi cet ennemi efficace de la superstition et de l'obscurantisme (il « bouffe du sorcier » dans près d'une aventure sur deux) s'en remet-il à la direction indiquée par son coutelas – donc au hasard le plus complet – pour choisir son chemin ?

- Parallèlement à cela, pourquoi le « fils de Crao » nourrit-il une obsession tenace à poursuivre la « tanière » du soleil (lequel agit en fait sur lui – je l'ai montré en détail - comme une véritable « boussole généalogique », car l'astre du jour possède à l'instar des êtres humains une ascendance et une descendance…), dont il a pourtant élucidé le mouvement (certes de façon ptoléméenne) dès le premier épisode de ses aventures ?

- Pourquoi le héros ne se fixe-t-il jamais dans un clan malgré la reconnaissance qu'il y suscite dans la plupart des cas ? Qu'est-ce qui le fait courir, le privant de l'occasion de nouer des liens affectifs durables ?

- Corrélativement, pourquoi les lecteurs ont-ils attendu vingt-cinq ans pour voir Rahan prendre femme puis devenir père (et encore, jusqu'aux plus récents albums, on voit que le home sweet home n'est pas fait pour lui) ?

Bien entendu, il m'a fallu relire toutes les aventures de Rahan pour me mettre au travail. Merci au passage aux éditions Soleil (tiens… tiens… un « signifiant » rahanesque…) de les avoir rééditées intégralement. Ce fut un travail de titan, mais la motivation était là. Je me suis ensuite focalisé sur les deux tiers des épisodes (environ cent vingt) pour nourrir mes observations et hypothèses".

Pif-Collection : Quelles ont été les réactions des auteurs et des lecteurs ?

Pascal Hachet : "J'ai envoyé en juin 1999 un manuscrit intermédiaire au regretté Roger Lécureux pour recueillir son avis et ses conseils, mais son état de santé déjà critique ne lui a pas laissé le loisir de me répondre. André Chéret a fait un écho bienveillant à mon travail, en usant du mode d'expression favori qui est le sien : s'il est demeuré discret au sujet de mon texte, il a eu la gentillesse d'orner la couverture du livre (à titre gracieux, je tiens à le dire pour le remercier une nouvelle fois) d'un dessin inédit qui synthétise différents aspects de Rahan dont j'ai étudiés (le rapport du « fils de Crao » aux volcans, au soleil, à son collier de griffes et à son coutelas). De ce point de vue, le livre est un « collector »…

dessin de couverture d'André Chéret

Si cet essai n'a pas été un best-seller (il faut dire que les éditions L'Harmattan ne « tirent » qu'à cinq cents exemplaires), il n'a suscité que des réactions positives. Plusieurs psychanalystes ont estimé que ma réflexion était cohérente, qu'elle « tenait la route » sur le plan scientifique et qu'elle enrichissait de manière divertissante les recherches consacrées aux aléas de la vie psychique d'une génération à l'autre. Voilà pour les collègues.

Deux lecteurs étrangers à ma profession ont eu la sympathie de m'envoyer des lettres stimulantes. Le jeune et prolifique philosophe Vincent Cespédès a estimé que les secrets de famille dont les effets psychiques hantent l'esprit de Rahan, ce sont peut-être les « squelettes dans le placard » propres à l'histoire du communisme ; pourquoi pas ? Et l'astucieux et sportif Guy Perez m'a confié avec pudeur que mon exploration du psychisme du « fils des âges farouches » avait eu de puissantes résonances sur un plan personnel, ce qui l'avait aidé à poursuivre un travail sur lui-même entrepris de longue date.

Par delà ces touchantes réactions individuelles, Marc Rioux - l'indispensable et dynamique Webmaster du site Rahan.org – m'a appris que mon livre était très apprécié dans divers pays étrangers, francophones ou non (Canada, Espagne, Etats-Unis, Israël, etc). Ces critiques positives et internationales ont récompensé – bien mieux que ne l'auraient faits des droits d'auteur conséquents – les deux ans pendant lesquels j'ai sué sang et eau – avec la sensation d'effectuer une traversée du désert car les études psychanalytiques consacrées à la BD ne sont pas légion - devant les albums des aventures de Rahan et mon ordinateur. J'ai constaté que je ne m'étais pas démené pour rien.

Pourquoi un tel labeur ? A l'image de Rahan prêtant serment vis-à-vis de son père adoptif Crao, il est clair que j'avais moi aussi une dette à honorer en réalisant cette étude… consciemment vis-à-vis de Lécureux et Chéret et inconsciemment vis-à-vis de mes parents qui – bien que frappés par l'ombre portée de nombreux drames familiaux tenus secrets… - m'ont permis de me donner les moyens de devenir un adulte mentalement viable..."

Pif-Collection : Avez-vous d'autres projets autour des personnages de BD ?

Pascal Hachet : "Oui, mais seulement à moyen terme (rien ne presse ; auteur à ce jour de douze livres, je poursuis également des investigations en lien avec ma pratique professionnelle : les usagers de drogues en général et les jeunes consommateurs de cannabis en particulier, comme je l'ai fait dans "Ces Ados qui fument des joints", Fleurus, 2000).

J'aimerai toutefois étudier trois personnages de BD caractérisés par le fait qu'ils entretiennent des rapports (très diversifiés) avec les morts : d'abord Pierre Tombal, où la mort est apprivoisée ; ensuite Mardi Gras Descendres, où la mort est si douloureuse qu'elle endeuille les défunts eux-mêmes ; enfin Adèle Blanc Sec, où la mort censurée (les victimes de la Grande Guerre) par la honte et la peur (l'histoire familiale de Tardi est éloquente) fait un retour quasi-hallucinatoire et récurrent (par exemple, beaucoup de personnages ressemblent à des cadavres)… Cette étude serait une façon de prolonger - surtout dans le dernier cas - les hypothèses que j'ai développées au sujet de l'étrange phobie de Rahan envers les revenants, en lien avec la question cruciale des secrets de famille et de leurs effets sur le psychisme des générations descendantes.

Enfin, le film en cours de tournage par Gans (l'impatience me dévore !) me donnera peut-être l'occasion de « rempiler » à propos de Rahan. A suivre donc…

Vous pouvez vous procurer le livre de Pascal Hachet en le demandant directement auprès des éditions de l'Harmattan :

l'Harmattan

5-7 rue de l'Ecole Polytechnique

75005 Paris

email : presse.harmattan5@wanadoo.fr

Rahan contre la myopathie

Laurent Alais nous présente des scans d'un ouvrage qui a été édité à l'occasion d'une vente aux enchéres les 29, 30 et 31 Janvier 1988 à Angouléme.

Cet ouvrage présente des dessins originaux mis en vente au profit de "A.F.M", l'Association Française contre les Myopathies. Tous les dessinateurs ont fait un dessin. Superbe !!! Nous y retrouvons des dessinateurs de "Vaillant" comme André Chéret, Louis Cance, Jean Tabary, Tranchant...

Rahan à Bélesta

Si vous vous rendez dans les Pyrénées Orientales cet été, ne manquez pas de faire un détour par Bélesta. Depuis le mois de mai jusqu'au mois de novembre, aura lieu une exposition Rahan au Château-Musée de Préhistoire récente. Ce pays d'Art et d'histoire, a en effet invité l'exposition Rahan durant plusieurs mois. Outre l'univers reconstitué des aventures du personnage, vous pourrez découvrir des merveilles dans la collection d'objets rares.

3 albums à gagner !

dessin tiré de Pif-Gadget

Les éditions Lécureux vous offrent 3 albums de "la liane magique", le dernier album de Rahan. Pour jouer, il suffit d'envoyer un email au site et de donner la réponse au jeu : a, b ou c. Un tirage au sort aura lieu le 30 juin et désignera les 3 gagnants. Les résultats seront communiqués dans la prochaine news. Voici la question au jeu :

"Qui a dessiné ce Rahan ?"

Réponses proposées :

a°/ Bercovici

b°/ Roger Mas

c°/ Kamb

Vous hésitez ? Nous vous aidons :

- il est encore plus rapide que Chéret, il est surnommé "le dessinateur qui dessine plus vite que son ombre"

- il a été un des plus jeune dessinateur du journal Spirou

- il a travaillé chez Pif-Gadget (la preuve ce dessin)

Bonne chance !

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