Les histoires de l'Oncle Richard

Vous pouvez aussi retrouver Richard Médioni dans le forum Pif-Collection, et vous pourrez lui poser vos questions, il essaiera d'y répondre dans ses "histoires de l'Oncle Richard". Voici quelques questions posées.

1 - "As-tu d'autres documents photographiques de cette période ? Tu nous a raconté dans ta première chronique la surprise pour cette embauche inattendue (par sa rapidité), as-tu à cette époque mesuré "l'importance" de ces rencontres ? Etais-tu un fan en particulier d'un dessinateur avant de rentrer chez Pif (Tabary, peut-être, tu le cites) ? Etait-ce une motivation pour te présenter à Pif-Gadget ?"

- "Hélas, je ne possède que de rares photos de cette époque et toutes passeront dans Côté Coulisses, je te le promets. Il faut dire que, dans ces années-là, personne ne se souciait d'immortaliser ces moments qui ne nous semblaient pas si extraordinaires que cela...

Heureusement, il y a la mémoire et je suis vraiment heureux de faire revivre, le mieux que je peux, ces moments, pour les partager avec toi et d'autres.

Quant aux rencontres dont tu parles, je n'ai jamais mesuré leur "importance". La notoriété des dessinateurs et scénaristes m'importait peu. J'admirais bien sûr leur technique et leur talent, mais je me suis vite rendu compte que le talent n'était pas pas toujours en rapport avec les qualités humaines que j'apprécie, loin de là.

Ces rencontres furent importantes pour moi quand le rapport humain fut intense. Sinon, elle ne me marquèrent pas plus que ça.

Quand je suis arrivé à Vaillant, j'étais déjà un fan de Gai Luron et du Concombre Masqué, aprés avoir adoré Bleck le Rock, Pim Pam Poum et Pipo. Mais j'étais aussi un amateur de dessins animés et en particulier de Tex Avery. Dès l'âge de douze ans, je ne manquais pas un programme d'une salle spécialisée aujourd'hui disparue et qui ne passait que des dessins animés américains. Elle se situait avenue de l'Opéra et son nom était (je crois) Le Royal. Je découvrais avec effarement tous ces chefs-d'œuvres qui ne passaient jamais à la télé : Bip Bip, Super Mouse, Tom et Jerry... et bien sûr tous les Tex Avery.
Je fréquentais aussi, assidument, toutes les salles de cinéma fréquentées alors par un gars de mon quartier (Eddy Mitchell) et qui diffusaient tous ces films d'aventure américains que l'on a pu redécouvrir à la Dernière Séance. Mes passions et mes goûts étaient donc une motivation suffisante pour me présenter à Vaillant."

2 - « Pourquoi ne pas avoir lancé entre 1969 et 1973 un journal en direction des ados ou des adultes, alors que tout nous le permettait ? »

- Et pourquoi cette idée n’est venue à l’esprit d’aucune des personnes qui travaillaient à Pif-Gadget pendant ces années ?

Il y a là manifestement un manque de clairvoyance ! Mais nous avons des circonstances atténuantes et je demande à messieurs les jurés de prendre en compte les faits suivants :

1. La fin de Vaillant fleurait bon la faillite, et entre 1969 et 1970 il s’agissait d’atteindre une vitesse de croisière qui rende le succès définitif. C’est la raison pour laquelle toutes les énergies tendaient à une amélioration constante du journal (et non à un simple maintien de la qualité).
Chacun travaillait très dur, de la rédac au service commercial, sans lever le nez du guidon. Nous n’avions donc qu’une priorité.

2. Entre 1971 et 1973, la folie continuait, et nous avons opté pour une stratégie nous permettant de nous développer tout en gardant toutes nos forces pour la priorité qu’était Pif-Gadget. C’est pourquoi nous avons sorti tous ces mensuels et trimestriels qui demandaient peu d’efforts rédactionnels et commerciaux, mais qui eurent un succès considérable...

3. Le succès de Pif-Gadget fut phénoménal et soudain, et il dura !

Quand une entreprise progresse normalement, des cadres se forment, émergent, les structures évoluent dans l’harmonie. Or, dans notre cas, ce fut une catastrophe. Le manque de cadres était terrible, et il était pratiquement impossible (en particulier à la rédac) de trouver à l’extérieur des gens déjà formés, ayant à la fois notre esprit de pionniers, une connaissance de la BD et l’esprit Pif si particulier. Il fallait donc former les futurs cadres de la rédac, mais cela prenait du temps et il y avait de nombreux échecs.

A partir de 71, j’ai travaillé 15 heures par jour dans un délire total et ce n’était pas propice à la réflexion...

4. Pilote, qui avait pourtant une sacrée équipe, avait un mal de chien à tenir la tête hors de l’eau (il vendait 5 fois moins que nous...) et cela ne nous incitait pas à nous lancer dans l’aventure.

5. En 69-73, la BD était encore considérée comme un moyen d’expression d’abord destiné à la jeunesse. Et les quelques tentatives (Chouchou en 64, Pogo et Charlie en 69...) se soldèrent par des échecs parfois retentissants. Il faudra attendre 75 (Fluide Glacial et Métal Hurlant), puis 78 (à suivre...) pour que la BD pour adultes s’impose.

6. Nous avions à l’époque énormément de mal à trouver de bons dessinateurs et de bons scénaristes. La production de nos dessinateurs et scénaristes était à peine suffisante pour notre hebdo, alors créer un nouveau titre...

7. Nous pensions (à tort) que nous pouvions développer de façon importante Roudoudou, qui perdait alors un argent fou. C’était une grosse préoccupation.

8. Enfin, il y avait une pression importante et continuelle du service commercial pour que nos BD soient plus « enfantines ». Or, je me battais, tout comme Georges RIEU avant moi, pour maintenir la diversité. Créer un journal pour ados et adultes aurait pu nous fait tomber dans un piège suicidaire pour Pif-Gadget: Placid et Muzo pour Pif-Gadget et Corto pour l’autre journal. Pour nous, à la rédac, le secret de notre succès c’était le mélange.

Voilà donc pourquoi cette idée ne nous vint pas. Ce qui ne veut pas dire qu’elle eût été mauvaise !"

Pif et le PCF (les réactions)

Les récits de Richard Médioni dans le livre "la véritable histoire", a suscité pas mal de réactions parmi les visiteurs, nous vous livrons celles de Mariano Alda et de Pascal Authenac qui les ont postées sur le forum :

"Mes parents, dans les années soixante, m'ont acheté Pif sans arrières pensées, soit simplement pour me faire plaisir soit parce qu'ils ignoraient le lien étroit entre les deux parties. Par contre il est naturel de penser que les ventes en Kiosque étaient moindre car pour ceux qui savaient et qui n'étaient pas du PCF, il était impensable d'acheter une publication "rouge". Il faut dire que vendre l'Huma et Pif en même temps, au niveau marketing on fait mieux. Bien sûr, fût un temps où cela a permis de booster les ventes. M'enfin. Certaines personnes croyaient même à cette époque que si le PCF gouvernerait, on leur partagerait en deux leur pain et leur maison. Véridique, ma belle-famille, qui elle a été des premiers combats, en temps qu'adhérents-résistants communistes me l'on rapporté. Toute cette méfiance était d'autant plus injustifiée que le contenu éditorial n'en laissait rien paraître, sauf peut-être comme le souligne Richard, Fils de Chine, mais c'était tout de suite après la guerre. Mais pour les autres productions, ce n'était qu'amitié, honnêteté ou courage sans allusions au PCF. On n'a demandé à aucun jeune lecteur de s'inscrire au parti. (Mariano Alda)

J'ai eu l'occasion de rencontrer Tabary qui m'avait expliqué qu'aucun dessinateur ou presque n'était communiste et que le PCF et Vaillant, c'était une histoire oubliée, au fur et à mesure du temps passé, Vaillant est devenu un vrai journal sans attache politique mais n'oublions pas qu'au début, vaillant se nommait "Le Jeune Patriote" et qu'il ne contenait que de belles histoires de resistance pleines de courage comme le Grélé 7-13 qui resta dans le journal jusqu'à Pif-Gadget !

En tous les cas , moi aussi j'ai du faire face aux anti-communistes comme mes parents qui m'interdisaient presque de lire un journal "coco" ! Mais comme je lisais aussi Spirou et Tintin, ils me fichaient la paix... (Pascal Authenac)

En effet, les premiers Vaillant comportaient des histoires de Résistance parce que les militants du PCF ont été dans les premiers, sinon les premiers à se révolter. Il faut dire aussi, comme le dit Richard Médioni, que Pif était plus visible entre les pages de l'Huma, en vente sur le trottoir que dans les étalages des marchands de journaux. Encore maintenant, lorsqu'on dit à certains interlocuteurs que l'on lit et collectionne de la BD, on s'étonne et que l'on recherche des Pif / Vaillant... "Ha oui, la publication communiste..." Nobody is perfect ! (Mariano Alda)

"tu ne précises pas la période-durée ainsi que la manière dont sont venues ces réflexions. Organisiez-vous des "assemblées extrodinaires rédactionnelles" pour parler de cela ou chacun amenait sa petite idée dès qu'il en avait une ?"

- A Vaillant, comme à Pif-Gadget (entre 68 et 1973), il n’y avait pas d’ «assemblée rédactionnelle» où l’on discutait des grandes orientations. De même, il n’y avait pas de «réunions» où se rencontraient les membres de la rédaction, les scénaristes, les dessinateurs... Les seules «réunions» qui avaient lieu étaient techniques quand une décision s’était plus ou moins imposée. Il s’agissait alors de prendre des mesures pratiques et de tout coordonner.

Cette absence de réunions était due aux discussions et aux débats permanents qui rendaient ces assemblées inutiles. Prenons quelques exemples. Les scénaristes étaient chez eux à la rédac et on les voyait plusieurs heures par semaine et, sauf en de rares occasions, on n’avait pas besoin de se mettre autour d’une table pour discuter ou décider.

Les dessinateurs venaient pour la plupart toutes les semaines à la rédac. Et les longs coups de fil étaient nombreux. Avec eux aussi il y avait des discussions auxquelles chacun participait. Ceux qui vivaient à l’étranger, comme Pratt, Coelho, Mattioli, venaient régulièrement à Paris, et quand ils étaient dans notre ville, on passait des heures entre nous autant à la rédac qu’en dehors. Le professionnel et le privé se confondaient parfois totalement entre les dessinateurs et nous.

A la rédac, c’était une ruche, un forum continuel. Il n’y avait pas de bureaux individuels, mis à part celui du rédacteur en chef, qui était ouvert à tous... et où j’étais rarement.
Les rapports hiérarchiques étaient d’autre part très peu marqués.

Enfin, il y avait les rapports amicaux entre les membres de la rédaction, et ce n’est pas un hasard si mes deux meilleurs amis sont d’anciens de Pif. On parlait bien sûr toujours de boulot, et une réunion formelle nous aurait semblé bien inutile...

Cette façon de travailler explique enfin pourquoi certaines grandes idées ou orientations avaient le temps de mûrir et de s’imposer sans que l’on sache trop bien d’où et quand l’idée était venue...

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