Pif-Gadget 1985-1994 : la fin d'un journal

L'histoire du journal Pif-Gadget comporte certaines zones d'ombres, vous êtes nombreux à nous poser des questions sur la disparition de l'hebdomadaire, nous avons enquêté et nous allons ensemble essayer de remonter le temps afin d'en repérer les évènements marquants...

Nous ne cherchons ni ne tenons à apporter un quelconque jugement, ce dossier ne reprend que des faits qui permettent une meilleure compréhension de l'histoire du journal Pif-Gadget.

La disparition d'un journal : 1985-1986

Il faut remonter à l'année 1985 pour commencer à entrevoir des signes de fragilité, le tirage du journal a subi un net recul, 235 000 exemplaires, la baisse inquiète.

Face à cette crise, un rapprochement est fait avec "les éditions Messidor", les deux sociétés se regroupent au sein des mêmes locaux, la rédaction de Pif-Gadget quitte le berceau historique de la rue La Fayette pour déménager dans la rue du Faubourg Poissonnière.

Parallèlement à ce changement géographique, la formule du journal perd son gadget durant quelques semaines à partir du n°876 au début de l'année 1986.

Le journal connaît une nouvelle formule, la couverture est désormais blanche et son titre devient "Pif". Tout ceci constitua une première sérieuse alerte et alimenta les rumeurs sur la possible disparition de l'hebdomadaire.

Pif-Gadget n°874
Pif-Gadget n°875 (nouvelle formule)
Pif-Gadget n°876 (sans gadget)

A la recherche d'un nouveau souffle, la qualité du journal s'en ressent, les bandes dessinées présentes dans Pif-Gadget se composent en partie de rééditions, d'achats de séries extérieures comme Boule et Bill, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, des séries sûres à large public et enfin un tiers seulement de nouveautés originales. L'importance de la télévision demeure un cheval de bataille avec l'achat de séries liées aux dessins animés comme les Transformers et autres séries japonaises.

La disparition d'un journal : 1991-1982

Les années qui vont suivre ne vont pas voir les choses s'améliorer. En 1991, les chiffres de tirage du journal atteignaient encore 130 000 exemplaires, nous sommes pourtant loin des 400 000 exemplaires des années 70. Cette situation va dégénérer en 1992, où le tirage dégringole à 77 000 exemplaires.

le nouveau logo de Pif à partir du n°1088 le n°1212 dernier numéro de Pif avant
le premier arrêt du journal en juin 1992

Les raisons peuvent être multiples, on peut imaginer un certain essoufflement dans l'intérêt des lecteurs, les gadgets se répètent, les rééditions de planches se remarquent... Mais peu importe finalement les raisons, le journal est rentré désormais dans un cercle vicieux : les ventes chutent, le journal perd de l'argent, les investissements dans la recherche de nouveaux gadgets et la création de nouvelles séries de BD ne sont plus à l'ordre du jour. Il faut enrayer la chute mais il est déjà trop tard...

En 1992, le dépôt de bilan guette les éditions VMS (Vaillant-Miroir-Sprint). Avec le numéro 1212, du 23 juin 1992, le célèbre hebdomadaire Pif-Gadget s'arrête brutalement. Le groupe est mis en liquidation judiciaire le 27 juillet 1992 avec une perte de 10 millions de francs.

Pif-Gadget n°1213 (1ère version) Pif-Gadget n°1213 (nouvelle couverture)

Il faudra attendre le mois d'octobre pour voir réapparaître le journal dans les kiosques, avec le numéro 1213 datant du 21 octobre 1992. Ce numéro a connu deux versions différentes, la première correspond au numéro préparé pour la sortie du 30 juin 1992 - qui n'est finalement paru que quatre mois plus tard -, et la deuxième est de circonstance et annonce sur la couverture "le retour". Au passage, vous remarquerez que le gadget ne comporte plus quatre modèles différents de montre "splatch" mais un seul.

Le journal est repris par un homme d'affaires travaillant dans l'immobilier, Jacques-Henri W.. Le plan proposé de reprise devait se traduire par une forte réduction des effectifs (de 220 à 85 salariés), mais les employés du groupe avaient occupé les locaux le 2 septembre, à l'appel de la CGT, afin que le tribunal se prononce rapidement en sa faveur. Il était urgent que le journal reprenne vie et que ses employés retrouvent leur travail. Le tribunal prit sa décision à quelques jours de la Fête de l'Humanité. Jacques W. dirigeait déjà les éditions Messidor émanant du groupe Scanéditions.

Les éditions Messidor sont liées aux éditions La Farandole, une maison d'édition créée en 1955. La Farandole acquiert vite une réputation de qualité. Cette société d'édition s'intéresse particulièrement aux contes étrangers et aux auteurs venus de l'Est. Les auteurs français connaissent également de beaux succès, à l'exemple de Jean Ollivier, Madeleine Girard, Pierre Gamarra, Georges Nigremont, Andrée Clair ou Colette Vivier. En 1978, Messidor, diffuseur de La Farandole, reprend la maison. En 1982, naît le groupe Messidor rassemblant les maisons d'éditions communistes. En 1992, après le désengagement du parti communiste, le groupe Messidor est racheté par Jacques W. et devient Scandéditions. Il est mis en liquidation judiciaire en juillet 1994.

La disparition d'un journal : 1993-1994

Pif-Gadget n°1223 (le dernier gadget en plastique) Pif-Gadget n°1224 (gadget en carton)

Malheureusement pour le journal, il faut se rendre à l'évidence, le gadget revient cher et il faut s'en séparer. Très rapidement, le gadget plastique disparaît au profit du gadget en carton comme "la couronne des rois" (Pif-Gadget n°1224) et les cinq parties du livre "Perdu en Laponie" de Peter HALLARD.

Pif-Gadget n°1225 ("Perdu en Laponie" 1ère partie) Pif-Gadget n°1226 ("Perdu en Laponie" 2ème partie)

Ce gadget se compose de cinq parties à rassembler dans un coffret offert dans le n°1226. Il est inutile de préciser que le roman a été édité aux éditions Messidor.

Pif-Gadget n°1227 ("Perdu en Laponie" 3ème partie) Pif-Gadget n°1228 ("Perdu en Laponie" 4ème partie)

C'est ainsi que s'achève la belle histoire de Pif-Gadget avec sa formule "et son gadget surprise" avec le n°1229 paru en février 93. Ce numéro offrait la cinquième partie du roman déjà commencé depuis le n°1225.

Pif-Gadget n°1229 ("Perdu en Laponie" dernière partie) Pif Le Journal n°1230 - Le gadget disparaît

Le journal connaît alors son plus sérieux changement de formule et devient Pif le journal au n°1230 à la mi-février 1993, tout en restant hebdomadaire, il abandonne le gadget et cela lui permet d'arborer un prix de vente de 10F. Le premier numéro est recentré sur le personnage fétiche des éditions Vaillant, Pif le chien, avec une réédition de bandes dessinées d'ARNAL. Les bandes dessinées sont moins nombreuses, Pif, Hercule, Supermatou, Cogan de Christian GATY ou encore Docteur Justice se partagent les pages BD durant cette période de transition.

La formule tiendra jusqu'au numéro 1248 du mois de juin 1993.

Pif le Journal devient par la suite mensuel en grand format à partir de juillet 1993, et prend le numéro 1249S.

Pif le Journal n°1249S Pif le Journal n°1250S

Son prix passe à 30F, soit le triple du prix du n°1248 vendu auparavant. Cette publication se poursuit durant 5 mois et 5 numéros jusqu'au mois d'octobre 1993.

Pif le Journal n°1251S de septembre 1993 Pif le Journal n°1252 d'octobre 1993

Il faut noter l'étrange numérotation avec un 'S' du n°1249S, 1250S et 1251S, cette lettre qui pourrait signifier "Spécial" disparaît en octobre 1993. Cela coïncide avec la sortie d'une nouvelle publication, qui est parue, visiblement, en parallèle avec Pif Découverte (si on se reporte aux dates de dépot légal).

Le premier numéro de cette nouvelle-ancienne formule mensuelle, comporte un journal et un gadget. Pardon, il faut dire un "cadeau" pour ne pas utiliser le terme de "gadget". Ce "Pif-Cadeau" revient à la source et axe tout son éditorial, complété par le cadeau, à la nature et à la vie. Pour s'en convaincre, le premier Pif-Découverte offre les Artémia Salina dans deux éprouvettes de verre, la première comprenant les descendants des Pifises et le second la nourriture. Ce numéro 1 résume à lui seul tout les meilleurs numéros de Pif-Gadget orientés sur "le journal de la vie".

Pif le Journal n°1253 de novembre 1993 Pif découverte n°1 d'octobre 1993

Pif Découverte connaîtra trois numéros qui paraîtront d'octobre 93 à janvier 1994 mais sans l'assurance que le n°3 soit effectivement sorti en kiosque ! Etant donné le dépôt légal de janvier 1994, et le fait que nous n'avons jamais retrouvé ce numéro en état neuf avec son gadget (à l'inverse des deux premiers), nous pensons que ce numéro n'a jamais été distribué et que les quelques numéros qui circulent, sont issus de stocks d'imprimeurs ou de stockage des éditions Scandédition. Celle-ci aurait cessé toute parution à la fin de l'année 1993.

Pif découverte n°2 de novembre 1993 Pif découverte n°3 de janvier 1994

Après les Artemia Salina du n°1, c'est au tour d'un autre grand classique du gadget : donner vie à un arbre, avec le "vrai sapin à planter". Le cadeau du numéro 3 devait être le "restaurant des oiseaux", un gadget écologique déjà utilisé dans Pif-Gadget n°412 du 4 février 1977. Sur sa couverture, "le journal de la vie" fait son apparition sous le logo de Pif-Découverte, la formule semblait lancée...

La liquidation de ces éditions se retrouve dans les journaux de l'époque, Frédéric NAIZOT a écrit dans Le Parisien du 16 mars 2001 : "Il devait être le sauveur du magazine Pif Gadget, et plus largement du groupe Messidor, appartenant au Parti communiste, racheté en 1992 pour 4,4 millions de francs. Mais Jacques W., la quarantaine, aura finalement enterré le célèbre chien et les diverses sociétés du groupe de presse PC en grande difficulté. [...] A l'agonie, le groupe éditait Pif Gadget, mais aussi Miroir du cyclisme, des revues à caractère social - certaines liées à la CGT -, gérait le Club du livre Diderot, qui a déposé son bilan en juillet 1992. Au compteur : 20 millions de perte officiellement, le vrai chiffre tournant autour de la centaine."

Il est évidemment difficile de savoir si oui ou non Pif-Gadget aurait pu être remis à flot, si l'hebdomadaire aurait pu retrouver un public, le débat reste ouvert. Le journaliste précise dans son article que "Son avocat s'est attaché à démontrer l'honnêteté de son client, “ un capitaine d'industrie qui a pris des risques. Mr W. n'a pas gagné un centime, même pendant la durée de l'activité. Aujourd'hui, il n'a plus rien. ” Selon lui, c'est un capitaine qui s'est heurté à des pratiques qu'il n'avait pas envisagées, faute de connaissance du milieu de la presse. Alors, a expliqué l'avocat, “ il a sombré ”." (Frédéric NAIZOT dans Le Parisien du 16 mars 2001).

Dans Le Monde du 11 mai 1994, un article annonce "la deuxième mort de Pif" : "Le tribunal de commerce de Pontoise (Val-d'Oise) a en effet ordonné, lundi 9 mai, la mise en liquidation judiciaire de Scandéditions, ainsi que celle de l'imprimerie Scandipress. Anciennement baptisé Messidor et Vaillant-Miroir-Sprint, ce groupe proche du Parti communiste a déjà subi une première liquidation judiciaire, il y a un an et demi. Il avait été racheté, avec la bénédiction du PCF, par Jacques-Henri W., un homme d'affaires versé dans l'immobilier."

Voilà les faits tels que nous avons pu les suivre à travers les journaux, en espérant avoir un jour un peu plus de précisions sur cette période, à travers des témoignages d'anciens collaborateurs du journal.

Nous renouvelons à cette occasion notre invitation auprès des "anciens" de Pif-Gadget pour leur demander de nous contacter pour nous aider à reconstituer le puzzle.