Souvenez-vous, dans Vaillant...

Cette rubrique vous permettra de retrouver certains articles, éditoriaux parus dans Vaillant que nous vous proposons de consulter en ligne afin de découvrir ou redécouvrir les pages et l'ambiance de cet hebdomadaire.

Vaillant n°622 (14 avril 1957)

Marc GROISNE nous revient avec une interview d'Arnal qu'il a retrouvée dans un numéro de Vaillant de 1957.

Comment un maître Catalan, aux yeux bleus, de la bande dessinée nous raconte sa vie de "chiens". Lisez donc.

Arnal qui es-tu?

A ma question, le visiteur imperturbable c'est écrié :
José Cabrero Arnal, pour vous servir ! Entré dans la vie voilà quarante-sept ans. Catalan...
— Tu te souviens de ton premier dessin ?
— Je me souviens que les marges de mes cahiers d'école disparaissaient sous les caricatures. Au grand désespoir de mon père... qui me fit apprendre un métier : d'abord menuisier ébéniste. Ça ne marchait pas. Je dus apprendre la mécanique sur les machines à calculer, c'était encore pire. En cachette, je dessinais et envoyais mes dessins à toutes sortes de revues d'enfants. Un jour enfin, l'une d'elles accepta mes dessins et me les paya cher.
Mon père fut convaincu que mes caricatures avaient du bon... J'avais dix-huit ans. En 1931, je créais Top le chien, qui vécut jusqu'à la guerre. Réfugié en France,

Comme on le voit sur le dessin d’Arnal par Arnal, Pif nous montre le tarin de son créateur, comme pour nous dire : regardez ce flair ou bien encore quel pif il a mon papa.

c'est en 1945 que je vins à Vaillant. Placid et Muzo naquirent, puis Pif le Chien en 1947... et enfin Roudoudou.
- Bravo! Mais où vas-tu chercher tes gags et tes idées ?
- Mes aventures vécues, je les traduis d'une façon comique. Mais il m’arrive de n'avoir aucune idée, alors je sors, et c'est rare si dans la rue je ne découvre pas une scène humoristique.
- Comment fais-tu pour travailler ?
- À 4 ou 5 heures du matin, debout. Un bon café, une cigarette et, hop, au boulot jusqu'à midi. Petite sieste et, re-hop, jusqu'à 7 heures... Mais attention : silence complet pendant que je fais les "crayons". C'est là que naît l'idée, il faut de la concentration. Ensuite, passer les dessins à l'encre, c'est une routine, et ça va tout seul ! Je peux même écouter la radio, - Yves Montand ou bien le jazz Nouvelle-Orléans !
- Tu dois avoir une production assez élevée ?
- Un placard immense est bourré de tous mes dessins édités. Il me faudrait un bien plus grand appartement, tu sais. Tu n'en connais pas un? Car j'ai aussi besoin de documents, d'encyclopédies de toutes sortes !
- Alors tu dois rêver aux vacances où tu es plus tranquille !
- Et comment ! Dès le 1er juillet, en route. Là-bas, près de Toulon, la mer à côté, sous un pin parfumé, sans mistral évidemment, eh bien!... je dessine encore... Si j’ai une bonne réserve de sandwiches au jambon, de Bayonne (surtout) et des cigarettes... Ensuite, mes péchés mignons : courir dans le vent sur ma moto, ou courir sous la mer (pêche sous-- marine, bien sûr) et sur la mer (pêche en bateau).
- Tu n'as rien à me raconter d'autres ?
- Que si ! D'abord, à dix-huit ans, je me suis fait casser le nez en voulant boxer. J'ai abandonné la boxe, bien vite ! Et puis, en dessinant, je suis devenu myope... Si bien qu'un jour j'ai oublié de faire des cornes à l'oncle de Roudoudou !... Eh bien ! sais-tu ? Un jeune garçon m’a écrit en m'offrant la paire de cornes des bœufs qu'il possédait... Tu parles d'une histoire. À part cela, je voudrais dessiner jusqu'à la fin des temps.
Et le petit Catalan aux yeux bleus est parti en souriant...

Vaillant n°622 du 14 avril 1957

Vaillant n°626 (12 mai 1957)

Marc GROISNE nous revient avec une interview de Ramon Monzon qu'il a retrouvée dans un numéro de Vaillant de 1957.

"Comment marier les carottes et la peinture ? En faisant appel à Ramon Monzon..."

EN FLANANT AU QUARTIER LATIN

Le boulevard saint-Michel sommeille encore, mais le passant solitaire s'attarde déjà au bouquiniste à peine installé. Dans la lumière dorée du matin, un frissonnement murmure au-dessus de ma tête... Le dôme touffu des feuilles est d'un vert... transparent comme une source... Tiens ! la pension Fiorentina ! C'est ici que demeure Monzon, le créateur de Cha'Pa et de Group'-Group. Si j'entrais et allais le surprendre pour l'interview. Il serait bien étonné. Allons !

— Bonjour, Ramon, je te dérange, peut-être ?
— Non, non, entre et assieds-toi !
— Tu sais, c'est pour que tu racontes aux lecteurs, ton «histoire vécue » !
— Il n'y a pas grand-chose à dire. Tu vois, je partage cette petite chambre avec deux amis, des étudiants comme moi. Je suis Aragonais, alors je parle mal français, mais je prends des cours.

un dessin de Ramon Monzon se représentant entouré de ses personnages

— Tu te débrouilles très bien. Tu te souviens lorsque tu es arrivé à Vaillant pour la première fois ?
— Oui, je ne comprenais absolument rien ; ça va mieux, merci ! Tu peux dire aux lecteurs que j'ai fait beaucoup de métiers dans ma vie. Et, dès l'âge de treize ans, je portais les télégrammes.
— Oh ! tu étais « télé » !
— « Télé », qu'est-ce que c'est?
— Chez nous, ce sont les jeunes gens qui distribuent les télégrammes ; on les rencontre partout dans la rue, filant sur leurs vélos !
— Bon, d'accord pour «télé », mais j'étais à pied ! « Et puis, pendant six mois, on m'a appris à relier les livres. Mais cela ne me passionnait pas. Je devins alors menuisier. J'aimais mieux...
— Mais tu dessinais, en ce temps-là ?
— Depuis que je marche, que je parle, je tiens un crayon et je griffonne sur n'importe quoi ! A force de chercher un emploi dans ce domaine, je réussis à faire du dessin animé (pour le cinéma) une année entière. Cela m'a ouvert une porte pour les journaux illustrés. A présent, je suis très heureux d'avoir créé un personnage et une petite bête qui ne ressemblent pas aux autres. Et tu as vu, Cha’Pa et Group'Group sont pareils à moi, ils découvrent Paris, et ils ont bien des ennuis !
— Toi aussi, tu en as, raconte un peu tes mésaventures ?
— Une me poursuit véritablement. A la pension, il y a des carottes au menu à chaque repas ! J'ai horreur des carottes ! Ce n'est pas une nourriture, cela ?
— Le sorcier Dakota t'a fait une mauvaise farce, Ramon, depuis l'épisode de Cha'Pa, Group'Group et les voleurs de carottes !
J'ai vu juste ; en me penchant sur la table de dessin, je m'aperçois que Group'Group en frémit de ses deux longues oreilles !
Oubliant ses ennuis matériels, Ramon, m'entraîne dans son coin favori et me montre les toiles qu'il peint.
— Oui, tu peux révéler aux lecteurs que tu as découvert mon péché mignon... Mes meilleurs copains, ce sont : la peinture, Cha'Pa, Group'Group et, bien sûr, tous les petits amis de Vaillant !

Vaillant n°626 du 12 mai 1957